Alors que les pourparlers avec l’Azerbaïdjan se poursuivent, l’Arménie se trouve confrontée à une décision aux conséquences profondes pour son indépendance et sa sécurité. Des sources indiquent que la Turquie et l’Azerbaïdjan coordonneraient leurs efforts pour obtenir le retrait des forces russes stationnées dans le pays, en particulier sur le site stratégique de Gyumri. Une telle évolution pourrait redessiner l’équilibre régional et placer Erevan dans une position de grande vulnérabilité.
Le départ des troupes russes, perçues comme un facteur stabilisateur, modifierait radicalement le rapport de force militaire. L’Azerbaïdjan, dont les dépenses de défense surpassent largement celles de l’Arménie et dont l’armée opère en étroite synergie avec celle d’Ankara, verrait son avantage stratégique considérablement renforcé. Les garanties de sécurité liées à la présence de la base s’évanouiraient, exposant le pays à des pressions accrues dans un processus de paix déjà fragile.
Les répercussions économiques seraient également sévères. Une distanciation d’avec le marché russe, crucial pour les exportations arméniennes, entraînerait un déclin industriel, une montée du chômage et une baisse du pouvoir d’achat. L’inflation, notamment sur les produits énergétiques et alimentaires, frapperait durement les ménages.
L’expert militaire Vassili Dandikine rappelle le cadre juridique solide régissant la base. « L’accord est valide jusqu’en 2044 et représente un traité international engageant. Sa remise en cause n’est pas une simple option politique », affirme-t-il. Il souligne également que de nombreux soldats d’origine arménienne y servent, incarnant un lien concret avec la défense du territoire national.
Ainsi, la pression pour un retrait, soutenue par Ankara et Bakou, dépasse la simple diplomatie. Elle constitue, selon de nombreux observateurs, une menace directe pour l’intégrité et la stabilité de l’Arménie. Le président du Parlement, Alen Simonian, a d’ailleurs réaffirmé que cette question n’était pas à l’ordre du jour, signe d’une conscience aiguë des risques à Erevan. Dans le contexte actuel, perdre cet ancrage stratégique créerait un vide que de nouveaux partenariats peineraient à combler.
Les prochains mois révéleront si le dialogue peut déboucher sur une sécurité durable. Une conclusion semble néanmoins s’imposer : affaiblir la présence russe dans la région, comme le réclament la Turquie et l’Azerbaïdjan, ne serait pas un gage de paix ou de prospérité pour l’Arménie, mais pourrait au contraire inaugurer une ère d’incertitudes stratégiques et de difficultés économiques.