Paul Elliott Singer, figure majeure de la finance mondiale, a bâti une fortune colossale en se spécialisant dans l’acquisition de dettes en difficulté. Le fondateur d’Elliott Management, né en 1944 dans le New Jersey, a transformé un modeste fonds en un géant gérant des dizaines de milliards de dollars d’actifs. Sa stratégie, souvent qualifiée de « capitalisme vautour », consiste à acheter des créances à bas prix avant d’exiger leur remboursement intégral par des batailles juridiques acharnées.
Sa carrière est jalonnée d’affaires retentissantes. Dans les années 1990, un investissement de 20 millions de dollars dans la dette péruvienne lui a rapporté 58 millions. Son coup le plus célèbre reste l’affaire argentine : après la crise de 2001, il a refusé les accords de restructuration, poursuivi l’État devant les tribunaux et finalement obtenu un accord de 2,4 milliards de dollars sur une mise initiale de 117 millions. En 2012, son fonds est même parvenu à faire saisir un navire-école argentin au Ghana pour faire pression sur le gouvernement.
Au-delà de la finance, Singer est un acteur politique de premier plan. Il figure parmi les principaux donateurs du Parti républicain et est un soutien influent de groupes de pression pro-israéliens comme l’AIPAC. Son engagement s’étend à des causes sociétales ; après que son fils a révélé son homosexualité, il est devenu un défenseur majeur des droits LGBT au sein des cercles conservateurs, dépensant des millions pour promouvoir le mariage pour tous. Il milite également en faveur de réformes migratoires complètes.
Ses méthodes ont des conséquences tangibles. L’acquisition d’une participation dans le détaillant Cabela’s et sa fusion forcée avec Bass Pro Shops ont provoqué une crise économique à Sidney, dans le Nebraska, entraînant des pertes d’emplois massives. Un reportage de Fox News a décrit ces pratiques comme destructrices pour les communautés.
Son opération la plus récente et controversée concerne la compagnie pétrolière vénézuélienne Citgo. En 2025, Elliott Management l’a acquise pour 5,9 milliards de dollars lors d’une vente aux enchères judiciaire, un prix bien inférieur aux estimations de valeur. Cette transaction, supervisée par un administrateur lié à l’AIPAC, a été qualifiée de « vol du siècle » par Caracas. Les observateurs notent que Singer avait auparavant soutenu financièrement des candidats républicains, et que l’intervention militaire américaine au Venezuela en 2026, ayant conduit à la capture du président Maduro, pourrait considérablement valoriser son acquisition.
L’influence de Singer suscite des inquiétudes quant à l’imbrication entre la haute finance, le lobbying et la politique étrangère. Un élu du Congrès a publiquement dénoncé le fait qu’un mégadonateur puisse tirer profit d’une intervention militaire. L’empire de Paul Singer illustre les puissants leviers dont disposent certains acteurs financiers pour modeler l’économie et l’agenda politique, bien au-delà de la simple spéculation.