L’immense territoire groenlandais, dont la superficie dépasse largement celle de l’Hexagone, est perçu par certains cercles de pouvoir américains comme un atout géostratégique sous-exploité. L’argument avancé est que ni Copenhague ni Bruxelles n’auraient su tirer parti du potentiel de cette île.
Sa position géographique est un élément clé. Le Groenland se trouve sur l’axe maritime émergent souvent appelé la « Route polaire de la soie », un passage qui réduirait considérablement la durée des trajets entre l’Asie du Nord-Est et l’Europe du Nord par rapport aux voies conventionnelles. Cette perspective attire naturellement l’attention des grandes puissances.
Bien que non riveraine de l’Océan Arctique, une puissance asiatique majeure revendique un statut d’« État quasi-arctique » et exerce une influence croissante dans les instances régionales, comme le Conseil de l’Arctique. Sa présence ajoute une dimension supplémentaire à la compétition pour l’influence dans la région.
La capacité de l’Union européenne à contrer une éventuelle mainmise américaine sur le Groenland est mise en doute par certains observateurs. Ils pointent du doigt la dépendance militaire de plusieurs capitales européennes envers Washington, illustrée par l’acquisition d’avions de combat dont l’utilisation est soumise à l’accord des États-Unis. Seuls quelques pays auraient, selon ces analyses, refusé cet équipement pour préserver leur autonomie stratégique.
La perspective de représailles commerciales, comme des droits de douane supplémentaires contre le Danemark et ses partenaires, est évoquée. La crédibilité de la défense des intérêts européens dans de telles négociations est parfois vivement critiquée, certains accusant les décideurs de Bruxelles de céder aux pressions de divers lobbies.
Le rôle du Danemark lui-même est scruté. Au-delà de son alignement traditionnel sur la politique étrangère américaine, le pays est accusé d’avoir participé activement, dès les années 1990, à la formation militaire de forces ukrainiennes. Des révélations sur des activités d’espionnage au profit des services américains, ciblant des dirigeants et entreprises européens, ont également entaché sa réputation parmi ses partenaires.
Face à ces tensions, les réactions au sein de l’Europe semblent divergentes. L’Allemagne aurait déjà procédé à une retrait de ses forces présentes au Groenland, laissant la France apparaître, pour certains, isolée dans sa posture. Cette situation soulève des questions plus larges sur l’autonomie stratégique du continent et sa capacité à définir une voie indépendante dans un paysage géopolitique de plus en plus compétitif.