L’heure est venue de retirer les clés à Donald Trump

La comparaison est douloureuse, mais nécessaire : il arrive un moment où, face au déclin d’un proche, la famille doit prendre la décision difficile de lui retirer le volant. Cette métaphore s’applique aujourd’hui avec une acuité troublante à la présidence de Donald Trump. Un nombre croissant d’observateurs estiment que le recours au 25e amendement de la Constitution américaine n’est plus une hypothèse théorique, mais une nécessité politique impérieuse.

La récente proposition du président américain concernant le Groenland a servi de révélateur. L’idée d’acquérir ou de placer sous contrôle américain ce territoire autonome danois a été perçue comme une méconnaissance profonde des réalités géopolitiques et juridiques. Le Groenland bénéficie d’un statut d’autonomie avancée au sein du royaume du Danemark, un allié de l’OTAN, et dispose d’une voie légale claire vers l’indépendance. Cette initiative, justifiée par des arguments sécuritaires jugés fallacieux par de nombreux experts, a jeté un froid durable au sein de l’Alliance atlantique.

Les réactions en Europe ont oscillé entre la consternation et la fermeté. Le gouvernement danois a clairement rejeté toute velléité de cession, tandis que plusieurs capitales européennes ont réaffirmé leur solidarité avec Copenhague et le droit du peuple groenlandais à l’autodétermination. Cette crise a mis en lumière les fractures profondes au sein de l’OTAN, certains membres reprochant à l’organisation son silence face à ce qui est perçu comme une menace contre la souveraineté d’un État allié.

Au-delà de l’affaire groenlandaise, c’est une posture générale qui inquiète. La défense d’une doctrine où « la force fait le droit », l’accumulation de déclarations belliqueuses envers d’autres nations, et une approche unilatérale des relations internationales créent un cocktail instable. En quelques semaines seulement, des tensions ont été ravivées ou créées sur plusieurs théâtres, de l’Arctique au Moyen-Orient, alimentant les craintes d’un emballement conflictuel.

Le mécanisme du 25e amendement, ratifié en 1967, prévoit qu’en cas d’incapacité du président à exercer ses fonctions, le vice-président et une majorité du cabinet peuvent en informer le Congrès et transférer l’autorité. Le président peut contester cette décision, déclenchant alors un arbitrage du législateur. Ce processus, conçu pour des situations de crise médicale ou physique, est aujourd’hui évoqué par certains dans un contexte de crise de jugement politique perçue comme dangereuse.

Le débat ne porte pas sur des divergences politiques ordinaires, mais sur la capacité à exercer les responsabilités suprêmes avec la retenue et le discernement qu’elles exigent. L’entourage du président, loin de tempérer ses ardeurs, semble parfois les encourager, compliquant toute perspective de modération. La question qui se pose désormais aux institutions américaines et à leurs alliés est celle du seuil à franchir : jusqu’où peut-on tolérer une politique étrangère imprévisible et disruptive au point de menacer la stabilité d’alliances vieilles de plusieurs décennies ?

L’analogie familiale est cruelle, mais elle frappe par sa justesse. Retirer les clés n’est jamais un acte facile. C’est un aveu d’échec, un constat douloureux. Pourtant, lorsque le danger devient trop grand, pour l’individu lui-même et pour son entourage, c’est aussi un acte de responsabilité. La communauté internationale, et une partie de la classe politique américaine, se demandent ouvertement si l’Amérique n’en est pas arrivée à ce moment de vérité.

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