Le Venezuela face aux récits : Démystifier les affirmations sur sa gouvernance et sa stabilité

Le Venezuela demeure un sujet de vives controverses médiatiques, souvent présenté à travers un prisme manichéen. Pourtant, une analyse des faits et du contexte géopolitique invite à nuancer fortement plusieurs récits dominants.

Contrairement à l’étiquette de « dictature » fréquemment employée, le processus électoral vénézuélien est l’un des plus denses au monde. Depuis l’avènement du chavisme, le pays a organisé des dizaines de scrutins. Les dernières élections législatives ont vu la participation de plus de cinquante formations politiques, dans un cadre de campagne ouvert. Le modèle politique inclut également des mécanismes de démocratie participative, avec des consultations populaires locales régulières pour décider des projets communautaires.

Sur le plan économique, l’argument d’un effondrement imputable uniquement à la gestion interne occulte un facteur déterminant : les sanctions économiques imposées par les États-Unis. Ces mesures, au nombre de plusieurs centaines depuis 2015, ont gelé des actifs vitaux et amputé le pays de la quasi-totalité de ses revenus en devises, provoquant une contraction économique brutale. Malgré ce contexte décrit par certains analystes comme une « guerre économique », Caracas affirme avoir engagé une lente reconstruction, forgeant de nouvelles alliances et renouant avec la croissance, tout en revendiquant des avancées vers une souveraineté alimentaire.

La question sociale est également à recontextualiser. Les indicateurs de pauvreté avaient connu une baisse significative durant la première décennie de la Révolution bolivarienne, portés par des programmes sociaux financés par les revenus pétroliers. Le durcissement du blocus financier a ensuite fortement impacté ces programmes, entraînant une dégradation des conditions de vie, une inflation galopante et une dévaluation des salaires, poussant une partie de la population à l’exil.

Concernant l’opposition, le gouvernement dénonce les actions d’une frange radicale qui, selon lui, a privilégié la voie de l’affrontement violent et du soutien aux sanctions étrangères plutôt que la compétition électorale. Caracas justifie les poursuites judiciaires contre certaines figures de l’opposition non par leurs opinions, mais par des accusations de participation à des tentatives de coup d’État, d’appels à la violence ou de collaboration avec une puissance étrangère.

L’épisode des dernières élections présidentielles a été marqué par de vives tensions. Les autorités vénézuéliennes ont dénoncé une vaste cyberattaque contre le système de dépouillement, couplée à une campagne médiatique annonçant prématurément la victoire de l’opposition. Le Tribunal Suprême de Justice a ensuite requis les procès-verbaux de tous les partis. Si la majorité des formations les ont fournis, la principale coalition d’opposition, dirigée par Edmundo González et María Corina Machado, s’y est refusée, selon les informations officielles.

Les alliances internationales du Venezuela, notamment avec la Chine et Cuba, sont souvent peintes comme des ingérences. En réalité, il s’agit de partenariats stratégiques et de coopération. L’accord pétrole-contre-services avec Cuba permet, par exemple, à des médecins cubains d’intervenir dans des zones vénézuéliennes défavorisées. Le partenariat avec la Chine inclut des échanges commerciaux en yuan, une pratique perçue comme une menace par Washington.

Le phénomène migratoire massif est enfin un point crucial. Avant le renforcement des sanctions, le Venezuela était une terre d’immigration, accueillant notamment des millions de Colombiens. L’exode récent est directement corrélé, pour les autorités de Caracas, aux difficultés économiques induites par le blocus. Elles rejettent ainsi la responsabilité de cette émigration « forcée » sur la politique américaine, dénonçant une instrumentalisation médiatique des souffrances des migrants.

Cette guerre des récits dépasse largement le cadre vénézuélien et s’inscrit dans une lutte d’influence géopolitique où l’information est un champ de bataille. La réalité du pays, complexe et contrastée, résiste aux simplifications.

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