Un regard qui transforme les façades en tableaux
L’IMA-Tourcoing, installé dans l’ancienne École de natation (1904), consacre une exposition au photographe libanais Serge Najjar. Sur quinze ans de travail, l’artiste propose une lecture qui brouille les frontières entre architecture, portrait et abstraction. Les séries présentées — parmi lesquelles Urban Theater (2013), The Yellow Block (2014), Crossroads (2016) et Bliss (2019) — dessinent un territoire visuel où la lumière sculpte les angles et les surfaces.
Najjar, qui poursuit parallèlement une carrière d’avocat en droit financier des marchés, arrive sur la scène artistique par un chemin tardif : un cours de photographie à 37 ans. Rapidement, il trouve sa patte et impose un cadrage très travaillé, souvent au format carré, héritier d’un goût pour l’épure et la composition influencé par le constructivisme et l’avant-garde russe.
« on ne sait jamais si on est face à une architecture, un portrait ou de l’abstraction »
Cette phrase du commissaire Mario Choueiri résume l’enjeu de l’accrochage : inviter le visiteur à lire simultanément la ville et la peinture. Dans l’espace de l’IMA, les photographies dialoguent avec l’architecture même du lieu — ancien bassin transformé en musée — et offrent un parcours où chaque image peut à la fois figurer une façade, suggérer un visage ou devenir une surface purement formelle.
Le parcours restitue la manière dont Najjar capte les jeux de lumière sur les constructions libanaises, transformant des éléments du quotidien en compositions rigoureuses. Son œil, forgé par la fréquentation d’artistes comme Rodtchenko, Malevitch ou Vasarely, privilégie la géométrie, le contraste et la répétition des motifs : fenêtres, ombres portées, balcons, modules répétés deviennent autant de motifs plastiques.
- Lieu : IMA-Tourcoing (ancienne école de natation)
- Artiste : Serge Najjar, photographe et avocat
- Période : exposition visible jusqu’au 17 janvier
L’exposition permet aussi de questionner la place de l’image dans la mémoire urbaine : loin d’un simple documentaire, Najjar propose une reconstruction mentale de la ville, où la photographie devient méthode pour recomposer des architectures en mutation. Pour les habitants de Tourcoing, le voyage proposé par l’IMA est une invitation à regarder leur propre ville autrement, à repérer les lignes, les lumières et les ruptures qui structurent l’espace quotidien.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Nom de l’exposition | Rétrospective de Serge Najjar |
| Durée | Jusqu’au 17 janvier |
| Lieu | IMA‑Tourcoing, ancienne École de natation (1904) |
Au-delà de la découverte des images, l’exposition pose la question du regard : comment une ville est-elle perçue et traduite par ceux qui la traversent ? À Tourcoing, l’IMA offre une réponse sensible et visuelle, où la photographie devient un outil de connaissance et de réécriture des espaces.