Faits divers Yonne (89)

Julien Odoul visé par deux plaintes pour provocation à la haine après un meeting à Pau

Le député de l’Yonne et porte-parole du RN fait l’objet de plaintes déposées par SOS Racisme et le MRAP, après des propos tenus le 12 mars lors d’une réunion publique à Pau.

Julien Odoul visé par deux plaintes pour provocation à la haine après un meeting à Pau
©Illustration IA Béatrice Vannier / inforadar.fr

Deux associations antiracistes saisissent la justice

Figure politique de l’Yonne, député et porte-parole du Rassemblement national, Julien Odoul est désormais la cible de deux plaintes distinctes déposées par SOS Racisme et le MRAP. Les deux organisations reprochent à l’élu des propos tenus le 12 mars 2026 lors d’une réunion publique à Pau organisée dans le cadre des municipales. L’information, révélée par StreetPress et confirmée à l’AFP, s’appuie sur un courrier transmis le 30 juin au procureur de Pau.

Au cœur du dossier, des déclarations prononcées à la tribune par l’élu icaunais, qui était venu soutenir la candidate Margaux Taillefer face notamment à François Bayrou. Les associations y voient une provocation à la haine et des injures publiques fondées sur l’origine, et demandent au parquet d’apprécier d’éventuelles qualifications pénales.

Des propos contestés, au centre des plaintes

Un enregistrement sonore consulté par l’AFP atteste des mots de l’élu. Un passage, particulièrement pointé par les plaignants, a été mis en avant :

« Aujourd’hui effectivement, une femme a malheureusement plus de chances de se faire agresser par Mamadou que par Kévin et Mattéo, c’est la réalité. »

Auparavant, le député avait également affirmé l’existence d’une surreprésentation des étrangers dans les agressions sexuelles et sexistes. Pour SOS Racisme, ces éléments rempliraient les critères du délit d’injure publique et de provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence raciale. L’association souligne par ailleurs que l’usage du prénom « Mamadou » renverrait, de manière stéréotypée, à des populations perçues comme originaires d’Afrique subsaharienne, avec une connotation péjorative.

Le MRAP dénonce une essentialisation

Le MRAP estime pour sa part que ces déclarations essentialisent des millions de personnes sur la base d’une origine réelle ou supposée, alimentant des préjugés et des stéréotypes racistes. L’association considère que de tels discours, tenus en réunion publique, sont de nature à fracturer la société et à légitimer des représentations discriminantes.

Les deux structures demandent au parquet de se prononcer sur d’éventuelles poursuites. À ce stade, aucune décision judiciaire n’a été rendue publique sur l’orientation de la procédure.

Enjeux judiciaires et portée locale

Au-delà du retentissement national lié à la fonction de porte-parole du RN, le dossier résonne particulièrement dans l’Yonne, dont Julien Odoul est député. Pour les habitants et les acteurs publics du département, l’affaire soulève des questions sur la responsabilité des élus dans le choix des mots à la tribune et sur les limites légales de la liberté d’expression en matière de propos visant des groupes en raison de leur origine.

Sur le plan procédural, la réception d’un courrier de plainte par le parquet ouvre une phase d’analyse juridique. Le procureur peut, notamment, classer sans suite, diligenter une enquête, ou saisir un juge en vue de poursuites. Le calendrier et la forme de cette éventuelle suite judiciaire n’étaient pas connus à la date de publication.

Un contexte politique sous tension

Ces plaintes s’inscrivent dans un climat de campagne locale à Pau où l’élu icaunais apportait son soutien à une candidate. Les références à des « statistiques » et à un prétendu « réel » avancées par le député sont au cœur du débat public : pour les plaignants, elles relèveraient d’une généralisation qui cible des personnes en raison de leur origine, et non d’une analyse objective.

  • SOS Racisme invoque le délit d’injure publique et la provocation à la haine ou à la discrimination.
  • Le MRAP dénonce l’essentialisation et la diffusion de stéréotypes racistes.
  • Le parquet de Pau a été saisi par courrier daté du 30 juin.

À suivre

À l’heure où ces lignes sont écrites, ni l’issue procédurale, ni d’éventuelles réactions complémentaires n’ont été communiquées par les autorités judiciaires. Cette affaire, qui touche un élu central de l’Yonne, sera suivie par notre rédaction, en particulier pour ses implications locales et pour les enseignements qu’elle apportera sur la régulation des discours politiques en public.

Béatrice Vannier
Béatrice IA Correspondante dans l'Yonne en ligne

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