Un rapport sans concession sur la gouvernance et les résultats
La Cour des comptes a rendu public, le 7 septembre, un audit critique de la politique vaccinale conduite depuis 2018. L'institution met en lumière des lacunes à la fois dans la conception et le pilotage des campagnes, ainsi que des faiblesses concrètes dans la mise en œuvre qui limitent l'efficacité des actions menées.
Présentant l'audit depuis l'hôpital Necker-enfants malades, la nouvelle présidente de la Cour, Amélie de Montchalin, a voulu frapper les esprits en rappelant la centralité de la vaccination. Elle a insisté sur son importance, sanitaire et financière, dans la prévention des maladies et la maîtrise des dépenses publiques.
«La vaccination, c’est la principale politique de prévention sur le plan sanitaire comme financier»
Des points d'échec identifiés
La Cour dresse une liste précise de dysfonctionnements :
- les campagnes de sensibilisation au virus HPV dans les collèges sont jugées décevantes ;
- les taux de vaccination contre la grippe restent faibles ;
- le carnet vaccinal numérique n’est pas opérationnel, privant les professionnels de santé et les usagers d’un outil attendu ;
- des élargissements d’éligibilité à certaines vaccinations coûteuses ont été réalisés sans démonstration suffisante d’un bénéfice coût-efficacité ;
- les inégalités de santé perdurent, affectant l’accès et la couverture vaccinale selon les territoires et les populations.
Un seul succès net : l’extension des obligations
La Cour reconnaît toutefois un élément positif : la décision d’augmenter à onze le nombre de vaccins obligatoires pour les nourrissons, mise en oeuvre par les autorités, est considérée comme une réussite. Mais cet acquis ne suffit pas, selon l'institution, à compenser la faiblesse du pilotage et l'inefficience de certaines mesures.
Conséquences budgétaires et opérationnelles
Le rapport met en garde sur l'impact financier d'actions mal ciblées ou mal évaluées : l’extension de droits à des vaccins onéreux sans rationnel économique solide pèse sur les comptes sans garantir un gain sanitaire proportionné. Par ailleurs, l’absence d’un carnet numérique pleinement fonctionnel fragilise le suivi et la connaissance des couvertures vaccinales, rendant plus difficile l’optimisation des campagnes.
Enjeux politiques et recommandations
Sur le plan politique, le diagnostic de la Cour pose un défi au ministère de la Santé : restaurer une gouvernance claire, mieux évaluer les élargissements d’éligibilité et réduire les inégalités territoriales. Parmi les priorités attendues figurent la mise en service effective du carnet vaccinal numérique et une stratégie de communication renforcée pour des programmes comme celui contre le HPV.
| Constat | Exemple cité |
|---|---|
| Succès | 11 vaccins obligatoires pour les nourrissons |
| Faiblesses | Campagnes HPV, couverture grippe, carnet numérique, élargissements coûteux, inégalités |
La publication de cet audit marque un moment de vérité pour la politique de prévention vaccinale en France : la Cour des comptes invite à une remise à plat des méthodes de pilotage et à un recentrage des moyens pour transformer des avancées ponctuelles en gains durables de santé publique.