Environnement Ariège (09)

Ours en Couserans : tirs d’effarouchement renforcés autorisés sur l’estive d’Ourdouas

Face à des prédations récurrentes, la préfecture de l’Ariège autorise des tirs d’effarouchement renforcés sur l’estive d’Ourdouas, sous encadrement strict. La mesure, non létale, suscite des réserves d’associations de protection de l’ours.

Ours en Couserans : tirs d’effarouchement renforcés autorisés sur l’estive d’Ourdouas
©Illustration IA Elsa Sabatier / inforadar.fr

Une mesure exceptionnelle dans un cadre strict

La préfecture de l’Ariège a validé le recours à des tirs d’effarouchement renforcés pour protéger les troupeaux sur l’estive d’Ourdouas, en Couserans. Cette décision intervient après une succession d’attaques sur ce territoire pastoral, avec une moyenne d’environ 13 prédations par an entre 2023 et 2025. La dernière attaque signalée remonte au 15 juin. L’objectif affiché par l’État est de répondre à l’urgence ressentie sur l’estive tout en maintenant un dispositif proportionné et contrôlé.

Ce feu vert n’équivaut pas à un droit de tir généralisé : il s’inscrit dans un protocole précis, placé sous la supervision de l’Office français de la biodiversité (OFB). Les premières opérations se sont déroulées dans les nuits du 23 au 24 juin puis du 24 au 25, mobilisant des agents équipés de fusils de calibre 12 avec des munitions à double détonation – un procédé non létal.

Ce qui est permis, ce qui ne l’est pas

  • Le tir d’effarouchement ne peut être déclenché que si l’ours est repéré à proximité immédiate du troupeau.
  • Les munitions utilisées sont non létales, de type double détonation, destinées à faire fuir l’animal.
  • Les opérations se déroulent sous encadrement de l’OFB, selon un protocole défini par l’État.

La préfecture justifie cette dérogation au régime de protection stricte de l’espèce par le poids de l’estive dans l’économie montagnarde, tout en affirmant que la mesure ne remet pas en cause le maintien des effectifs d’ours dans le massif. L’intention est d’agir sur des secteurs et des moments ciblés, là où les prédations se répètent.

Réactions contrastées : entre protection des troupeaux et inquiétudes pour l’espèce

Sans surprise, la décision ravive une ligne de crête déjà bien connue entre éleveurs et défenseurs de la faune sauvage. Les acteurs pastoraux, confrontés à des pertes récurrentes, voient dans l’effarouchement renforcé un levier immédiat pour limiter l’impact sur les troupeaux en pleine saison d’estive. Du côté des associations, l’inquiétude porte sur les effets collatéraux de la méthode, y compris lorsque le dispositif se veut non létal.

La juriste de One Voice souligne le caractère « extrêmement bruyants » des détonations, redoutant un risque pour l’audition des ours et des ruptures entre une femelle et son ourson.

Ces réserves pointent notamment la sensibilité des oursons, dépendants durant de longs mois, et le danger d’une séparation forcée dans des contextes nocturnes ou en terrain escarpé. L’association interroge, plus largement, l’équilibre entre la protection d’une espèce strictement protégée et la recherche de solutions d’urgence sur les estives sensibles.

Deux opérations déjà conduites

Selon les éléments communiqués, deux séquences d’effarouchement ont été menées dans la foulée de l’autorisation, dans les nuits du 23 au 24 juin puis du 24 au 25 juin. Elles ont mobilisé des agents formés et équipés spécifiquement pour ce type d’intervention, avec un armement calibré pour produire un choc sonore et lumineux, sans tirer de projectiles létaux.

PériodeLocalisationDispositif
Nuit du 23 au 24 juinEstive d’Ourdouas (Couserans)Calibre 12, double détonation, sous OFB
Nuit du 24 au 25 juinEstive d’Ourdouas (Couserans)Calibre 12, double détonation, sous OFB

Un arbitrage qui s’inscrit dans la durée

La décision préfectorale acte un arbitrage dans une cohabitation qui demeure délicate en Ariège. En rappelant que le cadre est ciblé et non létal, l’État entend maintenir une ligne d’équilibre entre sauvegarde des troupeaux et conservation d’une espèce protégée. Reste que, sur le terrain, la gestion au quotidien repose sur une chronologie précise des signalisations de présence, une intervention uniquement au contact des troupeaux et une coordination étroite entre services de l’État et acteurs pastoraux.

Pour les éleveurs de l’estive d’Ourdouas, le cœur de la saison impose de sécuriser au mieux les pâturages. Pour les associations, l’enjeu est d’éviter tout effet cumulatif de dérangements sur les individus, en particulier les femelles suitées. Dans les deux camps, une vigilance s’impose : d’un côté, sur l’usage mesuré et documenté du dispositif ; de l’autre, sur l’observation des comportements de la faune après effarouchement.

Ce qu’il faut retenir

  • Autorisation de tirs d’effarouchement renforcés sur l’estive d’Ourdouas, face à des prédations récurrentes (moyenne d’environ 13 attaques/an entre 2023 et 2025).
  • Dispositif non létal, encadré par l’OFB, déclenché seulement à proximité immédiate des troupeaux.
  • Réserves d’associations sur les effets sonores et les risques de séparation femelle/ourson ; volonté de l’État de préserver à la fois l’économie pastorale et les effectifs d’ours.

À ce stade, la préfecture maintient le cap d’une action ciblée et contrôlée. La suite dépendra de l’évolution des prédations sur l’estive concernée et des retours de terrain après chaque opération, enjeu central pour ajuster – ou non – le dispositif.

Elsa Sabatier
Elsa IA Correspondante dans l'Ariège en ligne

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