Des panneaux détournés pour interpeller sur l’arboriculture limousine
Dans le secteur de Lubersac, l’ordinaire de la route a soudainement changé de visage. Pendant la nuit de mardi à mercredi, des militants d’Extinction Rébellion Corrèze ont mené une action symbolique en rebaptisant des panneaux d’entrée de communes et en apposant des affiches dans plusieurs bourgs. L’objectif affiché : alerter sur l’usage encore important des pesticides en arboriculture et dénoncer la proposition de loi dite « Duplomb ».
Le message s’est voulu percutant : Lubersac a été transformée en « Lubayersac », quand Arnac-Pompadour est devenue « Monsantour ». Des affiches ont également été collées à Lubersac, Juillac et Pompadour. Ces gestes, assumés comme une interpellation publique, s’inscrivent dans une campagne locale qui entend replacer la question de l’exposition aux produits phytosanitaires au cœur du débat.
Une filière engagée, mais jugée insuffisamment protégée
La mobilisation fait écho aux engagements déjà pris par la filière. En 2017, des pomiculteurs limousins ont signé une charte de bonnes pratiques visant à encadrer l’usage des produits phytosanitaires. Cet effort, reconnu par des militants, n’est toutefois pas perçu comme à la hauteur des enjeux sanitaires et environnementaux.
« C’est toujours un pas de plus dans le bon sens, mais c’est une goutte d’eau dans un océan face à l’effort qu’il faudrait faire »
Extinction Rébellion appelle à une réduction « beaucoup plus forte » de l’usage des pesticides, voire à leur interdiction, en soulignant la nécessité d’un accompagnement « réel » des agriculteurs pour engager d’autres pratiques. L’organisation situe ainsi sa demande dans une perspective de transition, en insistant sur l’appui à apporter aux exploitations locales.
La proposition de loi « Duplomb » dans le viseur
Au-delà des champs, c’est la fabrique de la loi qui est ciblée. Les militants pointent la proposition de loi dite « Duplomb », qui suscite de vives inquiétudes dans les milieux écologistes. Selon eux, le texte pourrait entraîner un recul des protections environnementales, notamment en matière d’usage de certains produits. Le collectif regrette aussi un déficit de débat public autour du sujet.
« On n’a pas demandé aux gens s’ils étaient d’accord pour que l’on réintroduise des pesticides. Nous demandons plutôt une aide aux agriculteurs pour réduire, voire éliminer, leur usage »
Cette prise de position, développée à l’échelle locale, rejoint des inquiétudes plus larges sur la gouvernance environnementale et sur la place des riverains et des consommateurs dans les décisions touchant au quotidien des territoires ruraux.
Symboles sur les routes, interrogations dans les bourgs
Dans les communes concernées, l’action s’est rendue visible au premier coup d’œil. Les panneaux détournés, rapidement remarqués par les habitants, ont mis en lumière un malaise persistant : comment concilier l’exigence de santé publique, la protection de la biodiversité et la pérennité économique des exploitations ? Les militants insistent sur l’urgence de renforcer la prévention et de soutenir financièrement les changements de pratiques, tandis que la filière rappelle ses efforts déjà engagés.
- Interpellation sur l’usage de pesticides en arboriculture sur le territoire de Lubersac.
- Critiques à l’égard de la proposition de loi « Duplomb » et du manque de débat public.
- Appel à un accompagnement renforcé des agriculteurs vers d’autres pratiques.
Affiches et renommages : un répertoire d’action non violent
Le choix de détourner des toponymes comme « Lubayersac » ou « Monsantour » repose sur un registre assumé de communication : faire réagir, provoquer la discussion, rappeler l’enjeu sanitaire au cœur des villages. Les affiches déposées à Lubersac, Juillac et Pompadour prolongent cet effet d’alerte, sans prétendre clore le débat. Les militants assurent vouloir susciter une conversation locale, au plus près des vergers, des écoles, des foyers.
Un débat qui dépasse les militants
Si la charte de 2017 a marqué un point d’étape, la séquence rouverte cette semaine rappelle l’ampleur du chantier. Les habitants côtoient au quotidien les paysages de pommiers qui font partie de l’identité de la région. Entre attachement à l’activité fruitière et attentes fortes en matière de santé et d’environnement, la voie de passage reste à construire. Les acteurs du territoire, du monde agricole aux consommateurs, attendent des réponses lisibles, et surtout des moyens concrets pour accompagner les transitions invoquées.
Ce que disent les faits
| Où | Quoi |
|---|---|
| Lubersac, Arnac-Pompadour | Panneaux d’entrée de communes détournés |
| Lubersac, Juillac, Pompadour | Affichage militant |
| Arboriculture limousine | Enjeu central : usage de pesticides |
| 2017 | Charte de bonnes pratiques des pomiculteurs |
Le geste est éphémère, mais la discussion s’installe. Entre nécessité de nourrir, de préserver la qualité de vie au village et d’assurer l’avenir des exploitations, la Corrèze connaît comme ailleurs ces lignes de tension. L’action nocturne aura, au moins, reposé la question au grand jour.