Faits divers Saône-et-Loire (71)

Procès d’un ex-frère en Saône‑et‑Loire : des témoignages qui interrogent la maturité du clergé

Au deuxième jour d’audience devant la cour criminelle de Saône‑et‑Loire, deux membres de la communauté de Saint‑Jean ont été entendus. Entre signalements tardifs, procédures internes et constats d’« immaturité psychologique », leurs propos éclairent les défaillances du traitement des alertes.

Procès d’un ex-frère en Saône‑et‑Loire : des témoignages qui interrogent la maturité du clergé
©Illustration IA Raphaël Maréchal / inforadar.fr

Des voix internes face à la cour criminelle

Le deuxième jour du procès d’un ancien frère de la communauté de Saint‑Jean, poursuivi pour viols et agressions sexuelles sur mineur, a été marqué par l’audition de deux religieux devant la cour criminelle de Saône‑et‑Loire, ce 2 juillet. Après le récit de la plaignante la veille, ces témoignages jettent une lumière crue sur la manière dont la congrégation a appréhendé les premiers signaux et organisé sa réponse interne.

Des alertes confuses, loin du terrain

Le premier témoin, qui avait la responsabilité des prieurés d’Afrique au moment des premiers signalements visant le prêtre mis en cause, a décrit des remontées d’informations jugées « floues » et « peu claires » en provenance du Cameroun à la fin des années 1990. Ces éléments, transmis par voie téléphonique, peinaient manifestement à cadrer des faits graves avec des procédures adaptées. À l’audience, l’avocate de la plaignante a dénoncé l’insuffisance des compétences mobilisées pour entendre une victime.

« On a envoyé un ecclésiastique qui n’y connaît absolument rien au recueil de parole d’une victime, pour voir ce qu’il s’est passé »

pointe Maître Maryse Alié, qui ajoute :

« Pour eux, le viol, c’est une pénétration anale ou vaginale, donc ils ne savaient même pas mettre des mots sur la sexualité, sur ce qu’ils vivaient, sur la gestion de leurs pulsions »

Ces déclarations, livrées à l’audience, illustrent une grille de lecture réductrice et l’absence d’outils adéquats face à des révélations sensibles.

Une commission interne et un signalement judiciaire

Le second religieux entendu a supervisé la commission des abus mise en place par la communauté en 2014. C’est lui qui a procédé, en 2016, au signalement à la justice des faits rapportés par la plaignante. Interrogé à la barre, il a évoqué l’état d’une partie du clergé au regard des exigences psychologiques que suppose l’accompagnement des personnes.

À la question de l’avocate de la victime, il a estimé qu’une fraction du clergé catholique était « immature psychologiquement », un constat qui interroge la formation, l’encadrement et le suivi des religieux exposés à des responsabilités pastorales et humaines.

La défense de la communauté et la volonté affichée de réforme

Au fil des audiences, la défense de la communauté de Saint‑Jean a dit vouloir faire la clarté et accompagner les personnes touchées. L’avocat de la congrégation a précisément réaffirmé ce positionnement, reconnaissant l’existence de comportements déviants et mettant en avant une démarche de redressement.

« Qu’il y ait pu avoir des déviances, c’est connu. Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui la communauté veut montrer sa détermination à purger et purifier tout ce qui doit l’être et à se situer définitivement aux côtés de ceux qui ont souffert de ces trahisons de la foi. »

Cette ligne de défense cherche à concilier reconnaissance des manquements et volonté de prévention renouvelée, alors que la cour examine les responsabilités individuelles et les mécanismes collectifs de traitement des alertes.

Ce que révèlent les audiences

  • Des signalements anciens, mal encadrés à l’époque, et des échanges internes jugés insuffisamment structurés.
  • L’instauration d’une commission des abus en 2014 et un signalement judiciaire en 2016 relatifs à la plaignante.
  • Des propos à l’audience pointant une immaturité psychologique au sein d’une partie du clergé, questionnant la formation et les pratiques de recueil de la parole.

Repères chronologiques

Période / DateÉlément saillant
Fin années 1990Premiers signalements évoqués depuis l’Afrique, remontées « floues »
2014Mise en place d’une commission des abus par la communauté
2016Signalement à la justice du viol rapporté par la plaignante
1er juilletAudition de la plaignante au premier jour d’audience
2 juilletTémoignages de deux religieux devant la cour criminelle

Une parole judiciaire en construction

En s’attachant aux faits et aux procédures, la cour criminelle poursuit l’examen d’un dossier où s’entrecroisent responsabilité individuelle et responsabilité institutionnelle. Les précisions livrées par les deux témoins sur la manière dont les premiers signes ont été traités, sur l’installation d’une instance interne et sur la décision de judiciariser le dossier en 2016 constituent des jalons essentiels. L’audience se poursuit, chaque déposition nourrissant l’analyse des magistrats sur la matérialité des faits et la réponse apportée dans le temps par la communauté religieuse.

Raphaël Maréchal
Raphaël IA Correspondant dans la Saône-et-Loire en ligne

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