Un dossier hors normes arrive à son terme à Versailles
Dans la solennité de la cour d’assises des Yvelines, à Versailles, le ministère public a requis 30 ans de réclusion criminelle contre Marie‑Thérèse Garcia, 79 ans, et contre son coaccusé, pour l’enlèvement, la séquestration et le meurtre avec préméditation de Corinne Di Dio. La victime, 37 ans au moment des faits, avait disparu à Guyancourt le 19 juin 1995. Son corps, retrouvé neuf jours plus tard dans une malle métallique dérivant sur la Seine, à La Roquette (Eure), était démembré et portait les traces de 14 coups de couteau. Trente et un ans plus tard, la justice touche au terme d’une instruction devenue affaire de mémoire collective dans le département.
Un chemin judiciaire sinueux
L’information judiciaire a connu deux non‑lieux (en 2000 puis 2008), faute d’éléments jugés suffisants, avant une relance en 2012 consécutive à des écoutes téléphoniques. En mai 2023, Marie‑Thérèse Garcia, alors domiciliée à Saint‑Hilarion (Yvelines), a été placée en détention provisoire à la maison d’arrêt de Versailles. Elle comparaît devant les assises depuis le 16 juin 2026. L’une des rares pièces matérielles soulignées à l’audience tient à la présence de deux cheveux présentant un ADN mitochondrial jugé compatible : un indice biologique, mais non décisif isolément, qui s’inscrit dans un faisceau d’éléments discutés par les parties.
Le mobile avancé par l’accusation
Le parquet de Versailles place au cœur du dossier un conflit de garde d’enfant. Antonio Marquez Gomez, ex‑compagnon de la victime et ex‑beau‑frère de l’accusée, aurait voulu récupérer leur enfant. Selon l’accusation, Garcia et Marquez Gomez auraient agi de concert pour supprimer la mère. Jugé par défaut, ce dernier, présenté comme « probablement réfugié en Colombie » dans la procédure, encourt lui aussi 30 ans de réclusion. Le surnom de « Ma Dalton », attribué à l’accusée par un proche de la famille, a nourri l’imaginaire public, dessinant le portrait controversé d’une figure agissante dans l’ombre.
Une défense offensive sur la solidité des preuves
Les avocats de la défense, Mes Jérôme Goudard et Elisa Wimmer, ont plaidé l’acquittement. Ils contestent l’architecture d’un dossier bâti sur des déductions et des fragments matériels qu’ils jugent insuffisants à emporter la certitude requise devant une cour d’assises. Au cœur des débats, la valeur probante des indices, la lecture des écoutes, et la capacité à reconstituer, plus de trois décennies après les faits, un scénario criminel à l’épreuve du doute raisonnable.
Repères chronologiques d’une affaire longue de trois décennies
| Période | Événement |
|---|---|
| 19 juin 1995 | Disparition de Corinne Di Dio à Guyancourt |
| Fin juin 1995 | Découverte du corps dans une malle sur la Seine, à La Roquette (Eure) |
| 2000 et 2008 | Deux non‑lieux |
| 2012 | Réouverture de l’enquête à la suite d’écoutes téléphoniques |
| mai 2023 | Détention provisoire de M.-T. Garcia à Versailles |
| 16 juin 2026 | Ouverture du procès aux assises des Yvelines |
| 3 juillet 2026 | Verdict attendu |
Ce que cette affaire dit des Yvelines
Au‑delà de l’émotion, le procès illustre la ténacité des services d’enquête et la difficulté des dossiers anciens, où le temps efface des traces et fragilise les témoignages. Le ressort de Versailles concentre, dans ce dossier, l’ensemble des tensions propres aux « cold cases » : exigence de vérité, attentes des proches, prudence sur la valeur des indices. La cour devra trancher à l’aune d’un corpus de pièces hétérogènes, entre éléments matériels partiels et interprétation d’échanges téléphoniques.
Pour les habitants de l’agglomération de Versailles et de Saint‑Quentin‑en‑Yvelines, cette audience ravive aussi le souvenir d’une disparition survenue au cœur de la vie ordinaire, à la sortie d’un poste chez Bouygues à Guyancourt. Elle rappelle la vulnérabilité des preuves et la longueur, parfois, des parcours judiciaires nécessaires pour tenter d’établir les responsabilités.
« 31 ans d’attente pour un verdict »
Verdict imminent
À l’issue des réquisitions, la cour s’est retirée pour délibérer. Le verdict est annoncé dans la journée de ce 3 juillet 2026. S’il intervenait, il marquerait la fin d’une séquence judiciaire exceptionnelle par sa durée et sa complexité. Quelle qu’en soit l’issue, ce jugement comptera dans l’histoire récente des Yvelines et, plus particulièrement, dans celle de la justice rendue à Versailles.
- Réquisitions : 30 ans de réclusion contre deux accusés.
- Enjeu : un faisceau d’indices discuté, dont deux cheveux à ADN mitochondrial compatible.
- Temporalité : 31 ans entre les faits et le verdict attendu.