Un rendez-vous déterminant en préfecture
À Blois, ce mardi 30 juin, des mandataires judiciaires libéraux ont été reçus à 11 h par le préfet de Loir-et-Cher et un représentant de la DDETS-PP 41 (Direction départementale de l’emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations). Cette rencontre s’inscrit dans une journée de mobilisation nationale lancée par la FNMJI (Fédération nationale des mandataires judiciaires indépendants à la protection des majeurs). Dans le département, la profession — très largement féminisée — compte environ quarante praticiens, qui assurent au quotidien le suivi de majeurs protégés sur décision de magistrats.
Un métier d’interface au cœur de la protection des majeurs
Les mandataires judiciaires libéraux sont désignés par les juges pour accompagner des personnes vulnérables dans le cadre de mesures de sauvegarde de justice, de curatelle ou de tutelle. La FNMJI résume cette mission multiple comme suit :
« Une mission à la fois juridique, administrative, budgétaire, patrimoniale et humaine »
À Blois, plusieurs professionnelles rappellent l’exigence de ce travail, personnalisé et au long cours. L’une d’elles, Jeany Martin, qui suit une quarantaine de personnes entre le Loir-et-Cher et le Loiret, insiste sur la finesse nécessaire à chaque dossier :
« On fait de la dentelle, tous les jours, de la haute couture »
Dans le même élan, elle compare l’approche libérale à celle des structures associatives, plus mutualisée, qu’elle qualifie de « prêt-à-porter ».
Revalorisation, remplacements, ordre professionnel : les demandes
Au cœur des revendications, une revalorisation du coût de référence des mesures. Les professionnelles demandent de passer de 142,95 € à 150 €. Elles rappellent que ce tarif n’a pas évolué depuis 2014. La question avait été évoquée fin 2025 au Parlement, sans aboutir, faute de budget. À ces enjeux économiques s’ajoutent des difficultés très concrètes de fonctionnement, notamment le manque de solutions pour assurer les remplacements lors d’arrêts maladie ou de congés maternité. Autre point partagé : la volonté de voir émerger un ordre professionnel, capable de structurer la profession et de la représenter de manière stable auprès des administrations.
« Nous dépendons du ministère des Affaires sociales et du ministère de la Justice. Nous ne sommes jamais associés aux décisions »
La phrase, rapportée par Anne Vassail, mandataire libérale depuis 13 ans, résume un sentiment d’isolement institutionnel. Les professionnelles souhaiteraient être consultées à l’amont des réformes qui impactent leur pratique quotidienne.
Un maillon local d’un réseau national
En France, environ 2 000 mandataires judiciaires libéraux exercent. En Loir-et-Cher, la quarantaine de professionnels évoquée prend en charge des situations souvent complexes, mêlant protection du patrimoine, gestion budgétaire, soins administratifs et lien humain. Leur activité se situe à l’interface de la justice et du social, et suppose des échanges constants avec magistrats, services de l’État, hôpitaux, établissements médico-sociaux et familles. Le calibrage de la rémunération et l’organisation des remplacements ont donc des répercussions directes sur la continuité de l’accompagnement rendu aux personnes fragiles.
Des conséquences concrètes pour les bénéficiaires
Derrière les chiffres, il y a le quotidien des majeurs protégés. L’absence de revalorisation depuis 2014 et l’absence de dispositif fluide pour les remplacements compliquent la gestion des dossiers, surtout lors des périodes de congés ou d’imprévus. À l’échelle du Blésois, ces tensions peuvent se traduire par des délais supplémentaires pour des actes administratifs, des arbitrages plus serrés dans la gestion des budgets personnels, voire des reports d’entretiens avec les familles et les partenaires. Les mandataires soulignent qu’une coordination stable et une reconnaissance de leurs contraintes sont essentielles pour maintenir un suivi régulier, individualisé et digne.
Ce qui a été mis sur la table
Lors de l’entrevue en préfecture, les participantes ont rappelé les points jugés prioritaires :
- Revalorisation du coût de référence des mesures, de 142,95 € à 150 €.
- Organisation de remplacements effectifs en cas d’arrêt maladie ou de congé maternité.
- Création d’un ordre professionnel pour renforcer la représentation et l’éthique de la profession.
Le contexte national de mobilisation vise à rendre visibles ces demandes, restées en suspens malgré les discussions parlementaires de 2025.
Chiffres et repères
| Élément | Valeur |
|---|---|
| Professionnels en France | 2 000 mandataires libéraux |
| Professionnels en Loir-et-Cher | environ 40 |
| Coût de référence actuel | 142,95 € |
| Revalorisation souhaitée | 150 € |
| Dernière évolution du tarif | 2014 |
Et maintenant ?
Les mandataires judiciaires libéraux attendent des signaux concrets après cette journée d’échanges. À court terme, la question est de savoir si une revalorisation sera engagée et si des pistes opérationnelles seront ouvertes pour sécuriser les remplacements. Au-delà, la demande d’un cadre professionnel mieux défini interroge la place de ces intervenants dans la chaîne locale de protection des majeurs, entre exigences de justice, contraintes budgétaires et attention aux parcours de vie. Dans un département où l’on revendique une approche « au cas par cas », la réponse des autorités conditionnera la capacité à maintenir un accompagnement de proximité, régulier et humain.