Un temps suspendu pour ceux qui prennent soin des autres
À Châteauroux, la CPTS propose des séances d’art-thérapie spécifiquement pensées pour les soignants. Dans la pièce, un silence soudain. Les participants ferment les yeux, respirent au rythme d’une musique de relaxation. L’exercice dure 4 bonnes minutes. Chacun a choisi une effluve et s’y accroche comme à un fil d’Ariane sensoriel. Au sortir de ce voyage intérieur, une participante lâche quelques mots simples, qui disent beaucoup :
« Mon cerveau est parti dans tous les sens »
À ses côtés, Vincent sourit, visiblement apaisé :
« J’avais presque envie de m’endormir »
Au centre de ce dispositif : Élise Van Herreweghe, infirmière libérale et formée à l’art-thérapie depuis 2020. Elle orchestre ce sas de décompression avec une méthode structurée, fondée ici sur les « quantiques olfactifs », et l’explique sobrement : ce moment vise à installer une sensation de bien-être, à réveiller des émotions enfouies que les participants seront ensuite invités à transposer sous forme artistique.
Transformer l’introspection en geste créatif
Le principe est clair : partir d’un ressenti pour l’amener vers une expression, sans exigence esthétique ni jugement. La séance débute par une mise au calme, respiration guidée et ancrage sensoriel, ouvrant la voie à une étape de création. L’objectif n’est pas de « produire », mais d’autoriser un lâcher-prise, d’extérioriser autrement ce que les mots peinent parfois à nommer quand on affronte, au quotidien, la douleur, l’urgence, la fatigue.
- Un temps d’immersion pour reconnecter souffle et sensations.
- Un repère olfactif choisi par chacun, pour favoriser la concentration.
- Une mise en forme artistique des émotions ressenties.
Cette progression, telle que décrite pendant la séance, répond à un besoin très concret : déposer la charge émotionnelle, en sécurité, dans un cadre bienveillant et balisé par une professionnelle.
Un dispositif pensé pour le quotidien des soignants
Ces ateliers, portés par la CPTS de Châteauroux, s’adressent à celles et ceux qui, en ville comme à l’hôpital, absorbent chaque jour la détresse des autres. Les retours immédiats — « apaisement », « envie de s’assoupir », esprit « parti dans tous les sens » qui finit par se poser — témoignent d’un effet de décélération bienvenue. L’enjeu n’est pas de promettre une solution miracle, mais d’offrir un point d’appui : reprendre souffle, retrouver un peu de latitude intérieure avant de retourner au soin.
Dans un contexte où la pression s’installe souvent loin des regards, le cadre proposé a ceci de précieux qu’il redonne du temps aux professionnels. Il invite à écouter ce qui traverse, à accepter l’afflux d’émotions pour mieux le canaliser, puis à le traduire. Cette bascule du ressenti vers un geste créatif devient une étape de mise à distance : on regarde autrement ce que l’on porte, on le dépose, on le transforme.
Une méthode simple, des effets immédiats
La séquence décrite, fondée sur l’olfaction et la respiration guidée, met en jeu des leviers connus du corps : revenir au souffle, solliciter la mémoire sensorielle, installer un tempo plus lent. Selon les explications données en séance, c’est cette porte entrouverte sur l’émotion qui permet ensuite un passage vers la création. L’art-thérapeute rappelle le cadre : pas d’objectif de résultat, mais un chemin. L’essentiel est dans l’expérience, dans la permission donnée de ressentir et de s’exprimer sans contrainte.
| Moment | Ce qui est fait |
|---|---|
| Mise au calme | Respiration synchronisée à une musique de relaxation |
| Ancrage sensoriel | Choix d’une effluve et concentration sur l’odeur |
| Expression | Export des émotions sous forme artistique |
Un pas de côté, ici et maintenant, à Châteauroux
Ces temps collectifs n’effacent pas la difficulté des journées de soin. Ils offrent toutefois un espace protégé où l’on peut, quelques instants, se recentrer. Les mots entendus à la sortie du premier exercice — l’esprit qui court, l’endormissement qui guette, le calme qui revient — disent la justesse d’un dispositif pensé pour des professionnels habitués à tenir bon. Châteauroux voit ainsi se déployer, à l’initiative de sa communauté de soignants, une pratique qui s’inscrit dans une attention nouvelle portée à leur santé émotionnelle.
À l’issue de la séance, l’art-thérapeute résume l’intention : installer une sensation de bien-être, permettre la rencontre avec des émotions longtemps remisées, puis les faire voyager vers un geste créatif. C’est modeste, concret et immédiatement perceptible. De quoi, peut-être, redonner de l’air à ceux qui en manquent le plus.