Pressigny sous pression : l’eau du château d’eau fournie par camions-citernes
Dans ce village de la Haute-Marne, la pénurie d’eau a quitté le registre des inquiétudes pour devenir une contrainte concrète. Depuis plusieurs semaines, des camions-citernes approvisionnent le château d’eau communal afin d’assurer l’alimentation des quelque 200 habitants. Le niveau du réservoir est tombé à 1,36 m, « sous le seuil critique des 1,50 m », souligne le maire.
La situation s’inscrit dans un contexte départemental et national plus vaste : au moment du reportage, 96 départements étaient en alerte sécheresse et 80 communes subissaient des coupures d’eau. À Pressigny, le recours aux camions relève d’un impératif sanitaire et collectif, la réserve destinée aux secours et pompiers imposant de conserver un volume minimal.
Le ravitaillement provient d’un lac à 30 kilomètres de la commune. Une citerne de 30 m³ a déjà effectué son septième voyage depuis le début de l’été, une cadence qui augmente au fil des jours. Anthony Bazin, chauffeur-livreur d’eau, résume la montée en charge :
« Par rapport à la dernière qui était assez calme, on voit bien que ça va doubler voire tripler au niveau des demandes des communes en eau. Puis on sent qu'on n'a pas fini, tant qu'il y aura la sécheresse, on sera là. »
Le recours à cette solution coûte cher : la commune évalue le « prix de la sécheresse » pour la période à environ 10 000 euros. Pour un village de cette taille, ce poste budgétaire est difficilement soutenable à long terme, avertit l’équipe municipale. Les habitants adaptent leurs usages (arrosage, douches, vaisselle) et limitent leur consommation, mais les besoins vitaux et agricoles ne peuvent être comprimés au-delà d’un certain point.
- Population concernée : 200 habitants
- Volume citerne : 30 m³
- Niveau du château d'eau : 1,36 m (seuil critique : 1,50 m)
- Coût estimé : ~10 000 € pour la période
- Bétail touché : 250 bovins
Les élevages voisins subissent des conséquences immédiates. Sur l’exploitation visitée par l’équipe, les 250 bovins doivent continuer à boire leur ration quotidienne ; « elles boivent 100 litres par jour », rappelle un intervenant. Privées d’eau suffisante, les vaches voit la production de lait chuter, aggravant la fragilité économique des éleveurs déjà touchés par la canicule et la sécheresse des prairies.
À plus long terme, la commune et les services d’eau devront envisager des réponses plus durables : renforcement de la gestion des nappes, partage intercommunal des ressources, aides financières pour faire face aux coûts exceptionnels. Pour l’heure, la priorité reste d’assurer l’accès à l’eau potable et la disponibilité pour les services de secours.
| Élément | Valeur |
|---|---|
| Niveau du château d'eau | 1,36 m |
| Seuil critique | 1,50 m |
| Capacité citerne | 30 m³ |
| Population | 200 habitants |
| Bovins sur l'exploitation | 250 têtes |
| Coût estimé | ~10 000 € |
Sur le terrain, les gestes du quotidien ont déjà changé : arrosage supprimé, tuyaux remisés, consommation d’eau ménagère réduite. Reste que ces efforts individuels ne remplacent pas des mesures structurelles. Tant que les précipitations ne reviendront pas et que les nappes ne se rechargeront pas suffisamment vite, Pressigny continuera de compter sur des rotations de camions-citernes — une solution indispensable mais coûteuse et temporaire.