Un basculement judiciaire dans un dossier symbole
Ce jeudi 2 juillet, la décision est tombée, lourde de conséquences pour la Sarthe : la Cour de révision a annulé la condamnation de Dany Leprince, aujourd’hui âgé de 69 ans. Condamné à la réclusion à perpétuité pour les quatre homicides commis à Thorigné-sur-Dué en 1994 – son frère, sa belle-sœur et leurs deux filles –, l’homme qui clame son innocence « depuis plus de 30 ans » obtient un nouveau procès. Il ne s’agit pas d’une innocence proclamée, mais d’un retour intégral devant une cour d’assises, hors Sarthe.
Une rareté en matière de révision
La portée de l’arrêt est exceptionnelle : depuis 1945, seuls 12 dossiers criminels ont connu une révision en France. Ce caractère rarissime a été rappelé à l’audience, où l’on a vu l’intéressé, visage fermé puis submergé, retrouver le sourire à l’annonce du délibéré et serrer longuement son épouse. Son conseil, Me Morice, salue « une décision historique ». Le ton est grave, presque solennel, à la mesure d’un dossier qui, depuis trois décennies, imprègne la mémoire collective en Sarthe.
« C’est une grande victoire et une décision historique qui vient d’être rendue », a réagi Me Morice, avant d’ajouter : « Aujourd’hui, il n’y a plus de ‘boucher de la Sarthe’, il demeure M. Dany Leprince, présumé innocent. »
Ce que la Cour retient comme éléments nouveaux
Pour motiver cette révision – la seconde demande déposée en 2021 –, la Cour a exposé des éléments apparus au fil des investigations récentes :
- des éléments envisageant sérieusement l’implication de Martine Compain dans les faits ;
- le caractère mensonger des déclarations de Célia Leprince, l’aînée du couple victime ;
- la remise en cause des aveux attribués à Dany Leprince ;
- l’absence de souvenirs de Solène Leprince, seule survivante, qu’elle a détaillée lors de l’audience du 7 mai.
Ces points, pris ensemble, ont fissuré le socle probatoire de la condamnation initiale et convaincu la juridiction que le dossier devait être rejugé devant un jury populaire.
Un nouveau procès, hors Sarthe
La Cour a ordonné la tenue d’un nouveau procès d’assises, dans un autre ressort que celui de la Sarthe. L’avocat de la défense a indiqué viser une audience rapide, du fait de témoins « de plus en plus âgés, parfois morts », et a précisé la juridiction de renvoi envisagée :
« … il va pouvoir être rejugé par une cour d’assises, celle du Maine-et-Loire », a déclaré Me Morice, tout en annonçant qu’il demanderait l’acquittement.
Autre conséquence immédiate : le prévenu comparaîtra libre devant cette cour d’assises de première instance. Le calendrier n’est pas encore connu ; la défense réclame un audiencement « le plus rapidement possible ».
Repères chronologiques
| Année / Date | Événement |
|---|---|
| 1994 | Quatre homicides à Thorigné-sur-Dué |
| 1997 | Condamnation de Dany Leprince à la perpétuité |
| 2021 | Dépôt de la seconde procédure de révision |
| 7 mai | Audience où la survivante évoque l’absence de souvenirs |
| 2 juillet 2026 | Annulation de la condamnation et renvoi devant une nouvelle cour d’assises |
Un dossier qui marque la Sarthe
À Thorigné-sur-Dué, le nom de Leprince renvoie à une plaie jamais vraiment refermée. La rareté de cette révision et la perspective d’un nouveau procès vont nécessairement raviver souvenirs et émotions. Dans les communes alentour, on se remémore ces nuits d’inquiétude, les unes de journaux, les débats sans fin autour des certitudes d’hier. Le geste de la Cour ne tranche pas sur le fond : il rouvre la porte, il rebat les cartes. Le futur procès, avec ses témoins vieillissants et ses pièces réexaminées, devra faire la clarté nécessaire, preuve à l’appui.
Et maintenant ?
La défense promet de plaider l’acquittement. Le ministère public, lui, préparera l’audience de renvoi. Les parties civiles seront à nouveau appelées. En attendant la fixation d’une date, une certitude : la justice française, si parcimonieuse avec l’outil de la révision, a estimé que les éléments nouveaux méritaient un second examen, intégral et public. Pour la Sarthe, c’est l’espoir d’une vérité judiciaire stabilisée, après plus de trois décennies de controverses.