Un procès aux enjeux culturels et économiques pour Angoulême
Mercredi, le tribunal d’Angoulême a été le théâtre d’une bataille juridique et symbolique autour du Festival international de la bande dessinée. Après l’annulation de l’édition 2026 et la liquidation de la société 9e Art+, les anciens organisateurs ont assigné l’Association pour le développement de la bande dessinée à Angoulême (ADBDA) et le groupe Morgane, qui a remporté l’appel à projets, leur réclamant 300 000 € ainsi que l’annulation du processus de sélection. Le tribunal a renvoyé son délibéré au 14 octobre.
Les débats ont duré près de deux heures et demie et, selon les comptes rendus, ont été vifs. La présidente a demandé que le ton retombe, signe de la charge émotionnelle et patrimoniale attachée au FIBD dans la cité. Pour Angoulême, où la bande dessinée est un moteur culturel et touristique, la portée de la décision dépasse le simple litige entre structures : il s’agit de savoir qui détient la légitimité à porter l’événement phare de la ville.
Accusations de spoliation et de parasitisme
La partie demanderesse — l’association historique du FIBD et son ancien prestataire — invoque une « expropriation sans indemnisation » et parle de concurrence déloyale et de parasistisme. Me Renaud Montini a qualifié les faits de « crime avec préméditation », arguant que l’appel à projets, lancé en parallèle des activités de 9e Art+, a rendu impossible la préparation sereine d’une édition 2027 et a nui à la recherche de sponsors.
« Se mettre dans le sillage de 9e Art +, c’est se mettre dans le sillage d’un bateau qui a coulé. »
Les avocats des anciens organisateurs estiment par ailleurs que les pertes liées au fiasco de 2026 atteignent 1,6 M€, somme qu’ils disent pouvoir amortir par l’organisation d’une édition en 2027. De leur côté, les représentants de l’ADBDA et du groupe Morgane contestent ces allégations et défendent la validité de l’appel à projets, présenté comme une remise à plat souhaitée par les pouvoirs publics et par la profession.
Conséquences locales et calendrier
Plusieurs enjeux concrets sont en jeu pour Angoulême :
- la préservation d’une image culturelle reconnue à l’international ;
- la sécurisation des partenariats financiers et des emplois liés à l’organisation du festival ;
- la garantie d’un calendrier stable pour 2027 et les années suivantes.
Les collectivités, l’État, les auteurs et les éditeurs sont impliqués au sein de l’ADBDA, structure créée pour superviser la suite des opérations. Pour les participants au procès, la question n’est donc pas seulement juridique mais aussi politique et institutionnelle : comment concilier reconnaissance patrimoniale et renouvellement organisationnel ?
| Élément | Montant / statut |
|---|---|
| Demande d’indemnisation | 300 000 € |
| Pertes alléguées liées au fiasco 2026 | 1,6 M€ |
Le délibéré attendu le 14 octobre décidera si le processus d’appel à projets est annulé et si une compensation financière est due. Quelle que soit l’issue, la décision pèsera sur la capacité d’Angoulême à tourner la page du naufrage de 2026 et à poser des bases stables pour l’avenir de son grand rendez-vous de la bande dessinée.
La suite judiciaire et les réactions des acteurs culturels et économiques de la ville seront à suivre : elles détermineront comment la capitale de la bande dessinée pourra réconcilier mémoire, acteurs historiques et nouveaux organisateurs pour préserver son rayonnement.