Un tournant dans une affaire qui a longtemps divisé l’Indre
Dans le sillage de la décision rendue par la Cour de révision, l’affaire du garde-chasse tué en 1946 à Saint-Michel-en-Brenne rebondit sur le terrain municipal. L’avocat de la famille de la victime, Louis Boistard, annonce qu’il va s’adresser à une large part des maires de l’Indre pour qu’ils renoncent aux dénominations d’espaces publics honorant Raymond Mis et Gabriel Thiennot. À l’échelle du département, ces noms ont été attribués, au fil des décennies, à des rues, placettes et squares, au cœur d’une bataille mémorielle devenue un marqueur local.
Jeudi, la Cour a rejeté la demande de réexamen des héritiers de Mis et Thiennot. Ce refus clôt, sur le plan judiciaire, un feuilleton qui a entretenu les clivages : pour leurs soutiens, l’enquête d’après-guerre a comporté des zones d’ombre et des aveux extorqués ; pour d’autres, les éléments du dossier demeuraient probants. Le débat s’était cristallisé jusqu’à inspirer l’expression d’« affaire Dreyfus du Berry » chez certains partisans de l’innocence des deux hommes.
Un appel aux maires pour débaptiser « sans délai »
Dans ce contexte, Me François Saint-Pierre, conseil de la fille du garde-chasse, veut que l’espace public reflète le verdict judiciaire réaffirmé. Il annonce son intention de solliciter directement les édiles pour retirer les plaques concernées.
« Nous sommes dans un État de droit, il convient d’en prendre acte. Je vais donc demander aux maires de retirer toutes les plaques de rues, de squares ou d’autres lieux qui portent leurs noms, sans délai. »
Ce courrier attendu s’adressera à un nombre substantiel de communes. Lors d’une audience le 11 juin, Gil Avérous, maire (LR) de Châteauroux, avait évoqué 31 communes recensées avec des espaces baptisés en référence à Mis et Thiennot. Dans la préfecture de l’Indre, une placette porte d’ailleurs ces noms.
Un dossier criminel qui façonne la mémoire locale
Le 31 décembre 1946, deux jours après sa disparition, le corps de Louis Boistard est retrouvé, atteint de plombs, à Saint-Michel-en-Brenne. L’enquête a rapidement suivi la piste d’une altercation avec un groupe de chasseurs, parmi lesquels figuraient Mis et Thiennot. Les deux hommes ont été condamnés à quinze ans de travaux forcés, avant de décéder respectivement en 2009 et 2003. Au fil du temps, des comités de soutien ont défendu l’hypothèse d’une erreur judiciaire, entraînant l’hommage public de nombreuses communes par la toponymie.
En rejetant la révision, la haute juridiction met un terme à la procédure. Pour les élus, la question qui s’ouvre est désormais celle des conséquences locales : faut-il renommer les voies et places concernées, et selon quelles modalités ? Le maire de Châteauroux avait lui-même appelé la Cour à « trancher » pour permettre au territoire de « cicatriser ».
Ce que changer un nom de rue implique concrètement
Sur le terrain, un changement de dénomination n’est pas anodin. Il relève d’une délibération du conseil municipal et suppose la mise à jour des plaques de rue, des systèmes d’adressage et des correspondances administratives des habitants et des entreprises. Les collectivités veillent en général à organiser une information claire des riverains et des services (poste, secours, opérateurs), afin de limiter les désagréments. Aucune échéance commune n’est pour l’heure fixée au niveau départemental : chaque commune décidera de la suite à donner à la demande annoncée par l’avocat.
- Les communes concernées pourraient être amenées à inscrire la question à l’ordre du jour d’un prochain conseil.
- Des choix symboliques potentiels s’ouvrent pour d’éventuelles nouvelles dénominations (toponymie locale, personnalités, repères géographiques), dans le respect des procédures habituelles.
- Les habitants directement concernés par un changement d’adresse doivent, le cas échéant, actualiser leurs documents et contrats après la décision municipale.
Un enjeu de mémoire pour l’Indre
Cette séquence interroge la manière dont un territoire vit avec ses pages les plus sensibles. Entre la volonté de tourner la page et le souci de transmettre une histoire locale complexe, les communes devront arbitrer. Dans certains villages de Brenne, où l’affaire a longtemps fait écho à la vie quotidienne, ces décisions pourraient susciter des échanges nourris, tant l’empreinte du dossier dépasse le seul registre judiciaire.
Repères
| Événement | Date / Nombre |
|---|---|
| Découverte du corps de Louis Boistard | 31 décembre 1946 |
| Condamnation de Mis et Thiennot | 15 ans de travaux forcés |
| Décès de Gabriel Thiennot / Raymond Mis | 2003 / 2009 |
| Communes citant leurs noms | Environ 31 (recensement évoqué) |
| Rejet de la révision par la Cour | juillet 2026 |
Dans l’attente des courriers annoncés aux maires et des premières délibérations, l’Indre entre dans une phase décisive. Pour les familles et les habitants, il s’agit désormais de trouver une voie apaisée entre justice rendue et mémoire locale.