Un parcours artistique pour « interroger notre histoire »
Le Mémorial de Caen ouvre ses salles à l’exposition (Dé)colonisations, qui donne à voir des travaux d’une quarantaine d’artistes venus d’Afrique et de la diaspora. Réparties dans le parcours muséal, environ soixante œuvres — peintures, photographies, sculptures et films — portent un regard critique et pluriel sur la colonisation et ses conséquences, depuis la violence et l’injustice jusqu’aux dynamiques de mémoire et de reconstruction.
À l’entrée, le visiteur est guidé par les pièces d’Omar Victor Diop, dont les images servent de fil d’Ariane vers les différentes thématiques déployées. Les salles suivantes abordent des motifs récurrents : mémoire des combattants coloniaux, résistance, effacement culturel et défis post-indépendances.
« Toutes ces œuvres interrogent notre histoire, explique Ayoko Mensah, commissaire scientifique de l’exposition. Loin d’une approche ethnographique, nous avons cherché à leur laisser la parole. »
La scénographie mise sur la confrontation et la mise en visibilité : des portraits de tirailleurs sénégalais par Roméo Mivekannin et Omar Ba côtoient des propositions plus conceptuelles, comme l’alphabet inventé par Frédéric Bruly Bouabré ou les séries photographiques de Samuel Fosso qui célèbrent la résistance noire. D’autres artistes — Lucie Kamswekera, Malala Andrialavidrazana, Catheris Mondombo, Sokey Edorh — explorent la violence et l’injustice héritées de la colonisation.
Visibilité, voix et collections
Le choix des œuvres reflète aussi un enjeu de reconnaissance : plusieurs artistes exposés sont déjà reconnus au plan international, mais restent peu présentés au public européen. Les prêts de galeries et de collectionneurs, notamment de la Fondation Gandur pour l’Art (Genève), participent à donner de la visibilité à ces créations — une préfiguration de l’ouverture annoncée d’un musée de la fondation à Caen prévue pour 2030.
- Thématiques : mémoire, résistance, violence coloniale, reconstruction post-indépendance.
- Médiums : photographie, peinture, sculpture, film.
- Nombre d’artistes : environ 40.
Pour les habitants de Caen, l’exposition est l’occasion d’introduire dans l’espace public local des récits souvent absents des musées européens, en laissant la parole aux artistes plutôt qu’à une simple lecture historique descriptive.
| Artiste | Thématique / Média |
|---|---|
| Omar Victor Diop | Photographie — fil d’entrée |
| Samuel Fosso | Photographie — hommage à la résistance |
| Frédéric Bruly Bouabré | Sculpture / concept — alphabet culturel |
Sur le terrain, le Mémorial mise sur un dialogue entre art et histoire : le visiteur caennais est invité à parcourir les œuvres non comme des objets exotiques, mais comme des prises de parole qui interrogent les récits nationaux et locaux. L’exposition promet ainsi des échanges et des réflexions susceptibles d’alimenter les débats publics autour de la mémoire coloniale à Caen et dans le Calvados.
Pratiques : l’exposition est accessible selon les horaires du Mémorial. Le musée communiquera le détail des médiations et événements associés pour accompagner la visite et prolonger le dialogue engagé par les artistes.