Un cap symbolique pour la cité des papes
Samedi, Avignon inaugure la 80e édition de son festival, rendez-vous majeur des arts de la scène en France. La direction artistique annonce une programmation qui revendique ampleur et diversité, avec une part élevée de créations et un éventail d’esthétiques nourri d’influences internationales. Le rendez-vous s’étend jusqu’au 25 juillet, période durant laquelle la ville change d’allure, rythmée par les files aux billetteries, les plateaux techniques qui s’installent et l’animation des cours et théâtres.
« Pour cette 80e édition, on est sur la célébration des arts vivants, avec plus de spectacles, une majorité de créations et une grande diversité d’esthétiques »
Cette orientation, rappelée par Tiago Rodrigues, directeur du Festival, éclaire l’ambition artistique de cette édition anniversaire, où la rencontre du public et des œuvres demeure la boussole.
Temps forts et regards venus d’Asie
Le parcours s’ouvre dans la cour d’honneur du Palais des papes avec Maldoror, mise en scène par Julien Gosselin, directeur de l’Odéon–Théâtre de l’Europe. Les projecteurs se tournent aussi vers la Corée du Sud : les artistes coréens sont mis à l’honneur et la romancière Han Kang, prix Nobel de littérature en 2024, est attendue à Avignon du 12 au 18. Autant de jalons qui dialoguent avec l’identité patrimoniale de la cité, tout en l’ouvrant à d’autres imaginaires.
Un Off tentaculaire qui transforme la ville
En parallèle, le Festival Off déploie un volume impressionnant de propositions. Avec quelque 1 700 spectacles annoncés, Avignon se mue en vaste marché du spectacle vivant, fréquenté par un public fidèle. L’an passé, les organisateurs d’Avignon Festival & Compagnies (AF&C) évoquaient au moins 300 000 spectateurs. Cette année encore, la densité de l’offre irrigue toutes les rues, des petites salles aux grands plateaux, et attire programmateurs, journalistes et curieux, contribuant au rayonnement de la place avignonnaise dans le paysage scénique.
| Repères | Édition 2026 |
|---|---|
| Dates | Jusqu’au 25 juillet |
| Ouverture | Maldoror de Julien Gosselin (Cour d’honneur) |
| Focus international | Artistes coréens à l’honneur |
| Auteure invitée | Han Kang (12–18 juillet) |
| Off (volume) | Environ 1 700 spectacles |
Ferveur créative, inquiétudes bien réelles
Derrière l’enthousiasme, le secteur témoigne d’une inquiétude persistante. La récente déprogrammation par la municipalité de Castres (Tarn) de la pièce Passeport d’Alexis Michalik, invoquant une divergence idéologique, a ravivé les craintes autour de la liberté de création et de diffusion à quelques mois de l’élection présidentielle. Sur le plan budgétaire, plusieurs acteurs expriment leur fragilité face aux coupes, qu’elles émanent de l’État ou des collectivités. La directrice de la MC93 à Bobigny, Hortense Archambault, a ainsi publiquement regretté l’absence des soutiens initialement annoncés pour sa structure :
« En mai, nous avons appris (…) que nous n’aurions pas les subventions prévues »
Le climat général est résumé par Tiago Rodrigues, qui décrit une période d’incertitude pour le service public de la culture et ses capacités à venir. Cet horizon brouillé se répercute naturellement à Avignon, où se concentre en peu de jours un écosystème fait de créations, de repérages, de ventes de spectacles et de rencontres professionnelles.
Le pari du Off et la réalité des compagnies
Pour les artistes et compagnies qui investissent Avignon, l’engagement est considérable. Selon le décompte communiqué, environ 1 400 compagnies du Off sont inscrites cette année, assumant un « pari financier » pour être présentes. Le témoignage de Fred Robbe, de la Compagnie du Théâtre du Faune, reflète cette détermination :
« On continue à faire Avignon, parce qu’on n’a pas d’autre vitrine »Au-delà des chiffres, cette présence matérialise l’espoir d’une visibilité décisive auprès des programmateurs et partenaires, et la volonté de maintenir le lien avec un public fidèle, clef de voûte du festival.
Avignon au cœur de la carte culturelle
Entre célébration et vigilance, l’édition 2026 place Avignon au centre des conversations nationales sur la création. Si les scènes historiques — de la cour d’honneur aux théâtres de quartier — portent haut la promesse de découvertes, les signaux faibles venus du terrain rappellent l’équilibre fragile qui soutient l’édifice. Le festival, dans sa double dimension — In et Off —, demeure un baromètre : thermomètre de l’audace artistique, mais aussi mesure de la solidité des maillons qui rendent possible la rencontre entre œuvres et publics.
- Une programmation marquée par la diversité des formes et un accent mis sur la création.
- Un Off foisonnant, moteur d’attractivité et de repérage professionnel.
- Des tensions palpables autour des libertés artistiques et des financements.
Au fil des jours, la ville vivra au rythme des salles pleines, des débats et des échanges qui animent ce rendez-vous. À Avignon, l’été du théâtre s’ouvre, avec ses promesses et ses questions, dans une économie de la culture qui cherche, encore et toujours, ses points d’appui.