Une présence militaire devenue mémoire collective
À partir de 1927, la caserne Aubry, située au cœur de Bourg-en-Bresse, accueille des unités de tirailleurs marocains. Ces soldats, d’abord arrivés avec le 65e Régiment puis rassemblés sous la dénomination de 5e Régiment de tirailleurs marocains (5e RTM) — rejoints plus tard par le 1er RTM — ont rapidement trouvé une place dans le quotidien de la cité.
La venue de ces troupes fait suite à la dissolution du 23e régiment d’infanterie après la Première Guerre mondiale. La caserne, construite entre 1875 et 1876, n’étant plus occupée, elle devient le nouveau quartier des tirailleurs. Leur installation a produit des rencontres nombreuses entre militaires et civils, qui ont alimenté le souvenir local.
Interventions locales, vie culturelle et sportive
Au-delà des exercices et manœuvres, les soldats se mobilisent dans des actions concrètes et visibles pour les habitants. Par exemple, après les inondations de 1935, ils participent aux secours dans le quartier des Rosières, ce qui marque les mémoires locales. La presse de l'époque rapporte des témoignages reconnaissants :
« Dans les moments critiques, les tirailleurs marocains sont les premiers sur la brèche et se dévouent sans compter. »
Sur le plan culturel, la formation musicale du régiment, souvent appelée La Nouba, défile lors d'événements comme la foire de Bourg-en-Bresse, contribuant à la vie populaire de la ville. Les tirailleurs brillent aussi dans le sport : en cross-country, plusieurs d’entre eux remportent des médailles sous les couleurs de clubs locaux.
Un héritage tangible et symbolique
Les habitants qui ont connu cette présence parlent d’hommes « sans peur et sans faiblesse », formule qui renvoie à la réputation militaire des tirailleurs après la Grande Guerre et les campagnes au Maroc. Les récits locaux évoquent aussi le surnom donné par l’ennemi lors des combats rapprochés — image forte mais rapportée ici comme élément de contexte historique.
- 1927 : arrivée des tirailleurs marocains à la caserne Aubry (65e, puis 5e RTM).
- 1935 : participation aux secours après les inondations des Rosières.
- Années 1960 : défilés et présence de La Nouba lors d’événements locaux comme la foire de Bourg-en-Bresse.
| Année | Événement |
|---|---|
| 1875-1876 | Construction de la caserne Aubry |
| 1927 | Installation des tirailleurs (65e puis 5e RTM) |
| 1935 | Intervention lors des inondations |
Aujourd’hui encore, ces épisodes forment un pan de la mémoire locale. Ils expliquent pourquoi certains anciens témoignent toujours de liens forts entre la population et ces unités étrangères à l’origine, mais devenues familières par le quotidien et l’engagement.
Ce que cela implique pour Bourg-en-Bresse
La présence du 5e RTM a laissé des traces matérielles et immatérielles : archives photographiques (défilés, musiques), récits familiaux et commémorations locales. Pour la ville, c’est un élément d’histoire à conserver et à valoriser — notamment à travers les expositions, publications locales ou parcours historiques qui peuvent aider à mieux faire connaître ce chapitre du XXe siècle aux nouvelles générations.
La mémoire des tirailleurs marocains à Bourg-en-Bresse est donc un témoignage de l’interaction entre armée et société civile, et un rappel des liens complexes qui unissent la ville à l’histoire coloniale et militaire française.