Une chaleur continue qui épuise les troupeaux
La troisième vague de canicule depuis le mois de mai 2026 a mis à rude épreuve les élevages d’Indre-et-Loire. Dans les étables comme dans les pâtures grillées, les animaux peinent à récupérer. Les nuits restent trop douces, l’organisme chauffe, et la fragilité des bêtes se fait cruellement sentir. Plusieurs éleveurs décrivent une hausse de la mortalité et des difficultés autour des mises bas.
« Il y a une hausse de la mortalité et une recrudescence des arrêts de gestation »
Ce constat, dressé par le président de la Copelva, rejoint les retours du terrain : des bêtes affaiblies, des gestations interrompues, des vêlages compliqués. Le stress thermique persistant perturbe les mécanismes hormonaux, et quand la chaîne se brise, c’est toute la conduite du troupeau qui est remise en cause.
Le lait recule, les calendriers de reproduction déraillent
Le choc est particulièrement net dans les ateliers laitiers, où le métabolisme élevé des vaches les rend plus vulnérables. À la laiterie coopérative de Verneuil-sur-Indre, son président, Denis Raguin, fait état d’une baisse de 10 à 15 % des volumes collectés. La chaleur perturbe aussi la reproduction : naissances avancées, voire avortements. Même lorsqu’un veau naît avant terme, l’amorce de lactation peut être compromise, entraînant la réforme de la mère.
| Indicateur | Tendance observée |
|---|---|
| Production laitière | -10 à -15 % (estimation sectorielle) |
| Gestations | Fragilisées (prématurés, avortements) |
| Mortalité | Hausse signalée par la filière |
Des pâtures rases et les stocks d’hiver déjà sollicités
Sur l’herbe, la chaleur a vite fait son œuvre. À Perrusson, au GAEC Le Chanvre, Mathilde Joubert élève une soixantaine de vaches laitières en bio. L’herbe ne repousse plus, le pâturage ne suffit pas : il faut déjà ouvrir les silos prévus pour la mauvaise saison.
« On tape déjà dans les réserves d’hiver pour nourrir les animaux »
Cette avance sur les stocks aura des répercussions à l’automne et en hiver, quand il faudra pourtant tenir jusqu’au retour de l’herbe. Les arbitrages alimentaires s’annoncent serrés et pèseront sur les coûts d’exploitation.
Des marges de manœuvre réduites face au stress thermique
Haltes à l’ombre, accès à l’eau en continu, alimentation ajustée : les leviers existent mais montrent leurs limites quand l’indice de chaleur grimpe plusieurs jours d’affilée. Les nuits au-dessus de 20 °C empêchent la récupération. À l’échelle de la filière, la priorité consiste à préserver la santé animale tout en sécurisant la reproduction et la qualité du lait.
- Adapter l’alimentation pour soutenir les animaux en période de stress.
- Privilégier l’ombre, la ventilation et l’eau fraîche en libre-service.
- Surveiller de près les gestations et les signes d’épuisement.
Une alerte qui dépasse l’urgence immédiate
Cette séquence caniculaire agit comme un révélateur. Entre pertes de productivité, coûts fourragers en hausse et risques sanitaires, les exploitations s’inscrivent dans un cycle de vulnérabilité accru. Les organisations professionnelles tirent la sonnette d’alarme sur la nécessité d’anticiper : gestion des réserves, adaptation des calendriers, et, partout où c’est possible, aménagements pour réduire le stress thermique. En Touraine, les éleveurs savent qu’ils entrent désormais dans un été où chaque degré compte.