Un départ qui fragilise l'accès aux soins dans le quartier
Le 27 mars 2026, Annick Fontaine-Godmet a rangé sa blouse. Installée pendant 30 ans au cabinet de La Madeleine, à Chartres, elle était la dernière médecin généraliste du secteur. Son retrait de l’exercice laisse la place médicale du quartier plus fragile, alors que près de 2 600 patients figuraient sur sa liste.
Dans les semaines qui ont suivi son départ, la praticienne a consacré du temps à transmettre les suivis les plus fragiles : une vingtaine de personnes qu’elle visitait à domicile ont vu le Centre communal d’action sociale (CCAS) reprendre la responsabilité de leur suivi médical. « Les médecins du CCAS ont pris le relais pour le suivi médical de ces personnes vulnérables », a-t-elle expliqué.
« Si je n’avais pas de famille, probablement que j’aurais continué un peu plus. Mes deux filles et mon père m’ont mis la pression et ils ont eu raison, parce que j’étais au bout du rouleau. »
À 67 ans, la généraliste évoque une fatigue cumulée et un état d’épuisement qui l’a conduite à arrêter, après un incident révélateur la veille de sa dernière journée de consultations : un endormissement au volant ayant entraîné la perte de son véhicule. Consciente des conséquences pour ses patients, elle a néanmoins organisé la remise des dossiers pour faciliter la continuité des soins.
Conséquences locales et réponses institutionnelles
Le départ de la seule médecin encore présente dans le quartier pose plusieurs questions concrètes pour les habitants de La Madeleine et les environs :
- La recherche d’un nouveau médecin traitant pour des milliers de patients ;
- La continuité des visites à domicile pour des personnes âgées ou dépendantes ;
- La charge accrue pesant sur les services du CCAS et les cabinets voisins.
Sur le terrain, le CCAS a déjà pris en charge la transmission des dossiers des 25 patients qui bénéficiaient de visites à domicile régulières. Reste la question du suivi pour les autres patients inscrits chez la praticienne et la difficulté, plus large, de l'accès aux soins primaires dans certains quartiers urbains et péri-urbains.
| Donnée | Valeur |
|---|---|
| Années d'exercice | 30 |
| Date de retraite | 27 mars 2026 |
| Nombre de patients | 2 600 |
| Patients suivis à domicile | 25 |
| Âge à la retraite | 67 ans |
Pour les habitants, ce départ illustre une réalité déjà bien connue : la désertification médicale touche aussi les quartiers d’agglomération et impose des réorganisations souvent longues et contraignantes. Les répercussions sont immédiates pour les patients qui doivent rechercher un nouveau médecin traitant, parfois loin de leur domicile, et pour les proches qui coordonnent le suivi des personnes dépendantes.
Voix locales et pistes à suivre
Plusieurs acteurs locaux peuvent intervenir : les maisons de santé, les médecins salariés du CCAS, les établissements hospitaliers et les réseaux de médecins libéraux. À court terme, la transmission soigneuse des dossiers et le relais des visites constituent des garanties partielles. À moyen terme, la recherche de nouvelles installations et l’incitation à l’exercice dans les quartiers restés dépourvus sont des enjeux pour la municipalité et l’agence régionale de santé.
La retraite d’Annick Fontaine-Godmet rappelle enfin que la situation accueille derrière chaque chiffre des relations durables : nombreux sont les patients qui ont partagé plusieurs générations de consultations avec elle. Sa décision, liée à la santé et à la vie familiale, laisse un vide humain et organisationnel que la collectivité et les professionnels devront combler.