Un « monument » de l’industrie mosellane menacé, réclamé par ses défenseurs
La soufflante à vapeur de l’ancienne usine sidérurgique de Rombas — une machine emblématique de la révolution industrielle locale — suscite une nouvelle campagne pour son rapatriement. Construite en 1896 et entrée en service en 1897, cette installation de près de 200 tonnes, longue d’environ 20 mètres pour 6 mètres de large, a marqué l’histoire des hauts-fourneaux du bassin.
Remplacée ensuite par des technologies modernes, puis remise en activité ponctuellement en 1948, la soufflante a connu un destin chaotique : dissimulée sous une dalle de béton par l’ancien directeur Philippe Bécé pour lui éviter la casse dans les années 1950, elle a été exhumée lors de la déconstruction de l’usine en 2000. Après plusieurs déménagements — de Neuves-Maisons à Uckange — la machine repose aujourd’hui en pièces sur des friches industrielles d’ArcelorMittal à Differdange, au Luxembourg.
« Elle doit revenir ici »
Ce cri d’alarme, lancé par des passionnés et des spécialistes du patrimoine sidérurgique, résume la volonté de voir l’appareil retrouver sa place d’origine. Parmi les acteurs engagés figure Gérard Dalstein, historien de la sidérurgie, qui s’est battu pour la préservation de la soufflante lors de sa redécouverte en 2000.
Pourquoi la conserver ?
Au-delà de son spectaculaire gabarit, la soufflante est un témoin rare des procédés industriels du tournant du XXe siècle. Elle illustre le fonctionnement des hauts-fourneaux à coke et la maîtrise mécanique de l’époque. Pour les défenseurs du projet, sa restauration et son exposition à Rombas permettraient :
- de valoriser la mémoire ouvrière et industrielle locale,
- d’attirer des visiteurs lors d’événements patrimoniaux,
- de créer un lien pédagogique entre histoire industrielle et formation technique.
Un long dossier aux enjeux matériels et transfrontaliers
Le rapatriement d’un tel mastodonte pose des questions logistiques et juridiques : état des pièces, coûts de transport et restauration, propriété des éléments aujourd’hui sur un site d’ArcelorMittal au Luxembourg. La proximité du Grand Est et du Luxembourg conduit naturellement à une réflexion transfrontalière, qui devra impliquer collectivités, entreprises et associations de sauvegarde.
| Année | Événement |
|---|---|
| 1896-1897 | Construction et mise en service |
| Années 1950 | Masquée sous une dalle pour la préserver |
| 1948 | Remise en route exceptionnelle |
| 2000 | Exhumation avant déconstruction de l'usine |
| Années 2000-2020 | Déménagements et stockage (Neuves-Maisons, Uckange) |
| 2020s | Repos en friche à Differdange (Luxembourg) |
Ce qui se prépare à Rombas
Pour maintenir la visibilité du dossier, les organisateurs proposeront une maquette de la soufflante lors des prochaines Journées du Patrimoine, présentée au bâtiment Phoenix de Rombas. L’initiative vise à sensibiliser le public et à mobiliser des soutiens institutionnels afin d’envisager une solution pérenne.
La route vers le retour reste longue : il faudra convaincre propriétaires et financeurs, chiffrer la restauration et définir un lieu d’accueil adapté à une pièce de cette taille. Mais pour les partisans du retour, l’enjeu est clair : redonner à Rombas une pièce maîtresse de son passé industriel et en faire un outil de mémoire et d’attractivité locale.
Une mobilisation qui illustre, une fois encore, la volonté des territoires mosellans de sauvegarder leur héritage industriel face aux défis de la reconversion et des frontières.