Une silhouette familière du rond-point de Kernilien s'est éteinte
Dans la nuit de jeudi à vendredi, la structure de palettes en forme de phare, installée depuis plusieurs mois au rond-point de Kernilien, à proximité de la RN12 et de Guingamp, a été totalement ravagée par les flammes. Édifiée au cœur de l’hiver par des agriculteurs des Côtes-d’Armor, elle s’était imposée comme un repère pour les automobilistes et un marqueur de la mobilisation locale contre le Mercosur.
Le feu s’est déclaré vers 23 h 30 jeudi soir. Les pompiers et les gendarmes se sont immédiatement rendus sur les lieux pour maîtriser l’incendie et sécuriser le périmètre. Ce vendredi matin, les secours étaient encore à pied d’œuvre autour de l’ouvrage calciné.
Symbole d’une colère ancrée depuis des mois
L’installation, surnommée la « tour de la colère », avait pris forme au début de janvier 2026. Elle culminait à plus de 10 mètres. Imaginée et montée par David Labbé, éleveur de poulets et représentant de la FDSEA, elle avait mobilisé de nombreux agriculteurs du secteur, soucieux de rendre visible, au bord d’un axe très fréquenté, l’inquiétude de leur profession face aux conséquences redoutées de l’accord commercial Mercosur sur les filières locales.
« Ce ne sont pas des palets bretons, mais des palettes ! Nous construisons ce phare pour avoir une vision de l’agriculture, car aujourd’hui on n’en a plus. On n’a plus de vision, on n’a plus de cap, on ne sait pas où on va… Aujourd’hui on sème, on met du blé, de l’engrais et on ne sait même pas à quel prix on va être récolté. Il se passe plein de choses au niveau mondial. Demain, est-ce qu’il faudra faire des pommes de terre, des choux-fleurs, du poulet ? »
Ces mots, prononcés au printemps par l’éleveur à l’origine du chantier, résument la démarche : un signal à taille humaine, planté dans le quotidien, pour raconter des trajectoires professionnelles bousculées par les incertitudes économiques.
Intervention des secours et périmètre sécurisé
À l’arrivée des secours, la structure, faite de palettes assemblées, était déjà fortement embrasée. Les sapeurs-pompiers ont procédé à l’extinction et au noyage des foyers résiduels, tandis que les gendarmes organisaient la sécurisation des abords du giratoire. Aucune information complémentaire n’a été communiquée à ce stade sur l’origine du sinistre. La carcasse, noircie, se dressait encore au petit matin, rappelant la fragilité des symboles posés au bord des routes.
Un repère local et un message politique
Par son emplacement, l’ouvrage avait trouvé son public : riverains, pendulaires, visiteurs en transit, tous croisaient ce totem assemblé à la main. Au-delà de l’esthétique brute des palettes superposées, le phare racontait une saison de mobilisation collective. Il pointait un cap réclamé par les exploitants, pris entre exigences de marché et interrogations sur l’avenir des cultures et de l’élevage. Pour beaucoup, c’était un peu de leur quotidien agricole, rendu visible dans l’espace public.
Ce que l’on sait, ce qui reste à éclaircir
- Le départ de feu est signalé vers 23 h 30, jeudi.
- La structure de plus de 10 mètres a été entièrement détruite.
- Pompiers et gendarmes sont intervenus immédiatement et étaient toujours sur place ce vendredi matin.
- L’installation avait été conçue par David Labbé, avec l’appui de plusieurs agriculteurs du territoire.
Repères chronologiques
| Date | Événement |
|---|---|
| Début janvier 2026 | Début de la construction de la tour de palettes, symbole de la contestation contre le Mercosur. |
| Jeudi, 23 h 30 | Signalement de l’incendie au rond-point de Kernilien, près de la RN12. |
| Vendredi matin | Présence maintenue des pompiers et des gendarmes pour sécuriser et surveiller le site. |
Un rond-point qui ne dira plus la même chose
Au quotidien, le rond-point de Kernilien s’était mis à « parler » d’agriculture, à sa manière. Avec la disparition de la tour, le décor redevient anonyme. Reste la trace d’une initiative portée par des hommes et des femmes de la terre, décidés à inscrire leurs préoccupations dans le paysage, à hauteur de regard. Le chantier improvisé de l’hiver, patiemment assemblé, s’achève dans le bruit sourd d’une nuit et la fumée d’un brasier. Les questions, elles, demeurent : elles dépassent la seule carcasse brûlée et renvoient à l’avenir d’un métier, entre débouchés incertains et volonté de transmission.