Un virage décidé sans concertation, selon l’exécutif municipal
Le débat sur la place de la voiture au cœur de Lyon rebondit. La présidente LR de la Métropole, Véronique Sarselli, a acté la réouverture de la rue Grenette aux véhicules et annoncé la fin de la ZTL (zone à trafic limité) en semaine sur la presqu’île. Une inflexion majeure par rapport aux aménagements portés par les prédécesseurs écologistes, qui avaient réservé Grenette aux bus et aux cyclistes, faisant de cet axe un symbole des politiques de mobilité récentes.
Côté Hôtel de Ville, la réaction est immédiate. Le maire écologiste Grégory Doucet dénonce une décision sans diagnostic ni échange préalable avec les acteurs concernés. Il réclame un référendum local pour trancher l’avenir de la presqu’île, de la ZTL et de la rue Grenette.
« Il n’y a pas de diagnostic et il n’y a pas de discussion »
La majorité métropolitaine de droite avait annoncé des changements durant la campagne. Elle les inscrit désormais dans son bilan des 100 jours, au risque de tendre un peu plus le débat, entre impératif d’accessibilité et promesse d’un centre apaisé.
Commerces, riverains, pros: un équilibre encore à trouver
La piétonnisation de la presqu’île a bousculé les habitudes. La consultation conduite au printemps par la mairie auprès des seuls Lyonnais s’est révélée largement favorable aux aménagements apaisés. À l’échelle métropolitaine, la photographie est moins nette: 85 % des ayants droit munis de laissez-passer pour la ZTL sont des professionnels, rappelle Véronique Sarselli, qui y voit un frein à l’activité économique. Dans le même temps, elle reconnaît des effets positifs sur le calme en soirée et sur la fréquentation de la presqu’île.
Autre point de crispation: certains commerçants, pourtant critiques de la piétonnisation, disent avoir été pris de court par l’annonce, faute d’être associés. Le comité de suivi de la ZTL, où se rencontrent riverains, pros et techniciens, n’aurait pas été mobilisé, selon le maire. D’où son appel à « renouer le dialogue ».
Référendum ou décision métropolitaine: qui tranche, et comment?
Le maire se dit prêt à « tendre la main » pour bâtir une consultation élargie. Reste une zone grise: le périmètre du vote. Un scrutin circonscrit aux seuls Lyonnais ne délivrerait pas le même verdict qu’un référendum à l’échelle métropolitaine, où se situent une grande partie des professionnels autorisés à entrer en ZTL. Invitée sur un plateau télé, la présidente de la Métropole a écarté l’option référendaire pour l’heure.
Au-delà de la procédure, le fond compte: mobilité des salariés, livraisons, sécurité routière, qualité de l’air, animation commerciale en journée comme en soirée. Ce sont ces usages quotidiens qui guideront, in fine, l’acceptabilité des mesures.
Ce qui change et ce qui est contesté
| Mesure | Annonce | Position |
|---|---|---|
| Rue Grenette | Réouverture aux voitures | Contestée par le maire, favorable à un vote |
| ZTL presqu’île | Fin en semaine | La Métropole justifie par les besoins pros (85 % d’ayants droit) |
Derrière ces lignes, deux récits s’opposent: la droite dit répondre aux exigences de l’économie locale et aux engagements pris; l’exécutif municipal pointe un revirement sans méthode partagée, à rebours de la trajectoire d’apaisement. Les deux camps s’accordent toutefois sur un diagnostic partiel: des gains en tranquillité et en fréquentation sont observés, mais la contrainte pesant sur les professionnels reste vive.
Pour les habitants: quels effets immédiats?
- Traversée plus perméable de la presqu’île via la rue Grenette, avec retour d’un trafic motorisé.
- Fin annoncée de la ZTL en semaine, synonyme d’accès facilité pour les détenteurs d’un véhicule, mais d’un environnement potentiellement moins apaisé pour les piétons et cyclistes.
- Incertitudes pour les commerçants: certains attendaient un assouplissement, d’autres redoutent un retour des nuisances et un fléchissement de la flânerie.
La suite dépendra de la capacité des institutions à partager les données (flux, sécurité, retombées économiques) et à bâtir un chemin commun. Une chose est sûre: au centre de Lyon, l’arbitrage entre accessibilité et qualité de vie reste le nerf du débat public.