Un procès local au retentissement national
Devant le tribunal correctionnel de Nice, l’affaire visant les deux animateurs de la chaîne en ligne connue sous les pseudonymes de Naruto et Safine a commencé en début d’après-midi. Les prévenus, âgés respectivement de 27 et 24 ans, comparaissent pour des faits distincts de la mort de Jean Pormanove — l’autopsie ayant exclu l’intervention d’un tiers — mais pour des violences commises au cours de directs et pendant des mois.
La procédure vise des chefs lourds : violences en réunion, abus de faiblesse, diffusion d’images violentes et provocation à la haine ou à la violence, motivés par le traitement infligé à M. Graven et à deux autres personnes apparaissant comme victimes sur la chaîne. Les audiences ont attiré plusieurs dizaines de proches et des médias, tant l’affaire avait pris une large diffusion depuis sa mise en lumière fin 2024 par enquêtes nationales.
Des mises en scène monétisées depuis un local près de Nice
Selon les éléments dévoilés par l’enquête, les vidéos incriminées étaient réalisées depuis un local situé à Contes, commune voisine de Nice, et diffusées sur la plateforme australienne Kick. Ces directs, suivis par une audience importante, comportaient des scènes où M. Graven était insulté, frappé, menacé et même touché par des projectiles lors d’épisodes filmés.
Les mises en scène, selon les prévenus et certaines personnes apparaissant dans les contenus, devaient attirer des spectateurs susceptibles de verser de l’argent ; ces sommes auraient ensuite été réparties entre les participants. Le parquet de Nice a néanmoins chiffré des sommes importantes perçues par les personnes impliquées :
- Jean Pormanove (Raphaël Graven) : près de 140 000 € entre 2021 et 2025;
- Naruto : près de 460 000 € entre 2022 et 2025;
- Safine : plus de 200 000 € entre 2021 et 2025.
| Personne | Période | Montant déclaré |
|---|---|---|
| Jean Pormanove (Raphaël Graven) | 2021–2025 | ≈ 140 000 € |
| Naruto (Owen Cenazandotti) | 2022–2025 | ≈ 460 000 € |
| Safine (Safine Hamadi) | 2021–2025 | > 200 000 € |
Vidéos choquantes, victimes vulnérables
Parmi les images révélées figuraient des séquences montrant un homme surnommé Coudoux, identifié comme Stéphane G. et présentant des signes de handicap, ainsi qu’un mineur utilisé dans un simulacre de combat de catch. Ces éléments ont alimenté la qualification de mise en danger et d’abus de faiblesse : les charges retenues ne se limitent pas à des agressions physiques mais prennent en compte l’exploitation de personnes vulnérables à des fins lucratives.
« les violences n'étaient que simulées dans le cadre de mises en scène pour attirer les spectateurs »
Cette défense avait d’ailleurs été avancée lors des gardes à vue en janvier 2025, suivies d’un relâchement des protagonistes. Mais l’instruction et les éléments de la procédure ont conduit le parquet à poursuivre en correctionnelle pour des faits antérieurs à la mort tragique de M. Graven en août 2026, laquelle a donné une nouvelle dimension médiatique et judiciaire à l’affaire.
Pour la population niçoise, l’audience pose plusieurs questions concrètes : la régulation des contenus en direct, la responsabilité pénale des animateurs de plateformes, et la protection des personnes vulnérables exploitées dans des formats de divertissement. Le jugement rendu à Nice sera surveillé de près, tant par les familles des victimes que par les acteurs de la modération en ligne et les associations de protection des personnes en situation de fragilité.
Le procès s’annonce long et technique, mêlant expertise sur les images, témoignages des personnes filmées et analyses des flux de paiement qui ont financé ces spectacles. Les décisions prises par le tribunal correctionnel de Nice pourront aussi peser dans le débat national sur les dérives de certains circuits de monétisation sur Internet.