Une mesure nationale qui résonne jusque dans les ruchers lozériens
Adoptée dans la nuit de lundi à mardi, la « loi d'urgence agricole » prévoit des dérogations permettant l'utilisation, sous conditions, de deux insecticides jusqu'ici interdits en France. Ces substances, considérées comme dangereuses pour les pollinisateurs, suscitent l'ire d'un apiculteur installé en Lozère, qui s'est exprimé sur ICI Gard Lozère.
Le texte donne notamment la possibilité à l'Anses d'autoriser, à titre dérogatoire, l'acétamipride pour les producteurs de noisette et le flupyradifurone pour certaines filières : betterave, pommes et cerises. Ces molécules restent néanmoins autorisées au niveau européen et leur réintroduction en France est limitée à quelques filières jugées en difficulté.
Pour l'apiculteur lozérien et porte-parole de l'Union Nationale de l'Apiculture Française, la décision est inacceptable.
« C'est absolument catastrophique »s'est-il exprimé mardi matin, exprimant son écœurement face à ce qu'il qualifie d'intérêts privés prenant le pas sur la santé des pollinisateurs et des sols.
Il souligne plusieurs risques concrets qu'il relie à ces ré-autorisations :
- mortalités massives d'abeilles et baisse de récoltes,
- atteintes aux organismes du sol essentiels à la fertilité,
- contamination des eaux et risques pour la santé humaine, selon lui.
Les soutiens au texte invoquent principalement la concurrence européenne : ces molécules étant autorisées chez des voisins, les filières françaises craindraient une distorsion de concurrence. Le représentant lozérien réfute cet argument, jugeant le « prix à payer » trop élevé.
Ce que prévoit la loi et les limites annoncées
Le dispositif adopté n'ouvre pas une autorisation générale : il confie à l'Anses le soin de délivrer des dérogations ciblées. Le caractère restreint de ces autorisations — limité à certaines filières en difficulté — est présenté par les promoteurs comme une garantie pour limiter les usages.
| Molécule | Filières visées |
|---|---|
| Acétamipride | Noisette |
| Flupyradifurone | Betterave, pommes, cerises |
Sur le terrain, la décision interroge les acteurs locaux : apiculteurs, agriculteurs, gestionnaires d'eau et associations environnementales suivent de près la mise en œuvre de ces dérogations et les conditions sanitaires attachées à leurs autorisations éventuelles.
Au-delà du débat national, c'est la relation entre production agricole et préservation des services écosystémiques — pollinisation, santé des sols, qualité de l'eau — qui est remise sur le devant de la scène. Les discussions à venir, tant au niveau des dossiers d'autorisation de l'Anses que des choix opérés par les filières, détermineront l'impact réel de la mesure sur les territoires ruraux comme la Lozère.
Les acteurs locaux attendent désormais des précisions sur les modalités d'application et les garanties sanitaires associées à ces dérogations, tandis que les voix d'apiculteurs et d'associations environnementales devraient rester mobilisées pour surveiller les conséquences de cette loi.