Un lieu clos, chargé de mémoire
À Poitiers, dans l'enceinte d'une caserne qui n'ouvre pas ses portes au grand public, se cache une crypte aménagée dès l'installation du RICM il y a trente ans. Loin des baraquements et des manœuvres, cette pièce souterraine tient pour le régiment le rôle de sanctuaire : elle concentre portraits, plaques commémoratives et objets qui incarnent la mémoire collective des marsouins.
La tonalité du lieu est résolument solennelle. Lorsqu'un soldat devient titulaire de la fourragère, il pénètre pour la première fois dans cette crypte. Le rituel est codifié : déploiement des drapeaux, chant du régiment et une attente immobile devant la devise inscrite sur place. Cette formule latine,
« Recedit immortalis certamine magno », signale à la fois l'hommage et la permanence de la mémoire.
Des plaques qui comptent
Le détail le plus frappant est sans doute celui des plaques de cuivre gravées, percées et rétroéclairées d'un profond bleu électrique. Ces perforations ne sont pas décoratives : elles représentent des noms, des batailles, des pertes. Leur nombre totalise 19 032 points — autant de soldats morts — selon le décompte visible dans la crypte.
| Élément | Chiffre |
|---|---|
| Années depuis l'installation du RICM à Poitiers | 30 |
| Nombre de plaques / points commémorés | 19 032 |
| Dernière plaque mentionnée | Caporal-chef Dolet, mort en 2014 (Centrafrique) |
Portraits et noms : une histoire incarnée
Outre les plaques, la crypte expose les visages et les noms des figures marquantes du régiment : le capitaine Van Vollenhoven, le commandant Rougier — fondateur de l'association nationale du RICM vers 1925 — parmi d'autres. Ces représentations participent à rendre tangible une histoire militaire longue et souvent célébrée, celle du régiment d'infanterie chars de marine, reconnu comme l'un des plus décorés de France.
- Lieu essentiellement réservé aux militaires et aux cérémonies internes.
- Utilisé lors d'événements forts de la vie du régiment (remise de fourragères, hommages).
- Conception et mise en valeur des plaques pour porter la mémoire individuelle et collective.
Une mémoire locale, visible mais protégée
Si la crypte impressionne par son intensité visuelle et symbolique, elle reste néanmoins fermée au grand public : l'accès y est limité, la plupart des soldats ne franchissant l'entrée que quelques fois dans leur carrière. Pour la ville de Poitiers, ce lieu souterrain participe au maillage des mémoires locales — civiles et militaires — qui jalonnent le territoire, sans pour autant être directement accessible aux civils.
En rendant visible ce lieu caché, l'attention portée à la crypte interroge aussi la manière dont la mémoire militaire est conservée et transmise aujourd'hui : entre célébration des anciens et devoir de mémoire, la crypte du RICM demeure un espace où l'histoire se lit autant qu'elle se vit.