Un établissement récent déjà fragilisé
À Cahors-Bégoux, l’Établissement d’accueil non médicalisé (EANM) rattaché à l’Institut des Jeunes Aveugles (IJA) de Toulouse a ouvert le 16 décembre 2024 avec l’ambition d’offrir un cadre de vie et d’accompagnement à des adultes en déficience visuelle sévère. Dix-huit mois plus tard, l’alarme est tirée : la structure ne parvient pas à se remplir et son équilibre financier se dégrade. À ce stade, 23 résidents y vivent, un 24e est attendu au cours de l’été, pour une capacité totale de 56 places.
« On espère que ça va bouger. Ce n’est pas possible que l’on nous laisse mourir comme ça », alerte Louis Marzo, président de l’Institut des Jeunes Aveugles.
Le fonctionnement de l’EANM repose sur les ressources apportées par les aides individuelles des résidents. Avec un taux d’occupation inférieur à la moitié, les recettes suivent la même pente, alors que demeurent les charges de fonctionnement et le remboursement des prêts liés au bâtiment. Le risque de fermeture est désormais évoqué par la direction.
Une capacité morcelée, des unités encore vides
Le site a été conçu en plusieurs entités pour s’adapter aux parcours de vie. Deux unités collectives ont trouvé leurs marques, mais d’autres espaces restent inemployés. Ce différentiel pèse lourd dans les comptes.
| Composante | Capacité | Occupation actuelle |
|---|---|---|
| Deux unités de vie collectives | 2 × 12 = 24 | Remplies |
| Une unité collective supplémentaire | 14 | Vide |
| Appartements indépendants (sur site) | 10 | Vides |
| Appartements en ville (Cahors) | 8 | Non pourvus |
| Total | 56 | 23 résidents, 24e annoncé |
La directrice de l’établissement, Marie Gilet, rappelle que les premières semaines ont été marquées par une stabilité autour de 21–22 résidents. Malgré l’ouverture de places variées, l’occupation ne décolle pas.
Des démarches de recrutement intenses mais un frein territorial
Pour faire connaître l’offre cadurcienne, la direction affirme avoir mobilisé les réseaux spécialisés à l’échelle nationale.
« Nous avons envoyé 6000 mails », précise Marie Gilet.Les retours mettent en lumière une contrainte lourde : pour des adultes souvent installés de longue date, parfois avec des parents âgés et moins mobiles, quitter leur territoire, leurs repères et leurs soutiens de proximité est difficile. Ce facteur, récurrent dans le champ du handicap, explique en partie l’écart entre la capacité théorique et la réalité des entrées à Cahors.
Un enjeu local: services, continuité et visibilité
Dans l’agglomération cadurcienne, la présence d’une structure dédiée aux personnes malvoyantes ou aveugles représente un maillon rare des parcours d’accompagnement. La menace sur l’établissement ne se résume pas à une équation budgétaire : elle interroge la continuité des services pour les résidents déjà installés et la lisibilité de l’offre pour les publics potentiels du Lot et des départements limitrophes. La perspective d’une fermeture déplacerait les besoins vers d’autres territoires, au risque d’allonger les distances avec les familles et d’accentuer les renoncements.
Un modèle économique sous tension
Le montage financier, fondé sur les aides perçues par chaque résident, suppose un niveau d’occupation soutenu. Or, avec « un peu moins de la moitié » des places investies, les apports couvrent mal les charges fixes. Les prêts contractés pour le bâtiment et les frais courants forment un socle incompressible. Ce déséquilibre n’est pas propre au secteur, mais il frappe ici un équipement récent, dont l’effet de seuil n’a pas été atteint.
Appel à mobilisation et incertitude
La gouvernance de l’IJA dit espérer un sursaut. Le message est clair : sans relance rapide des admissions, l’établissement pourrait ne pas traverser l’année dans sa configuration actuelle. Aucune décision n’est annoncée à ce stade, mais l’alerte est lancée à l’ensemble des acteurs et familles susceptibles d’être concernés. L’équation à résoudre tient en quelques éléments :
- accroître le taux d’occupation pour sécuriser les recettes ;
- mieux faire connaître les places disponibles (collectives et appartements) ;
- répondre à la contrainte d’éloignement qui freine les candidatures extérieures.
Dans l’attente d’une issue, les résidents présents à Cahors-Bégoux poursuivent leur quotidien dans les deux unités pleines. La direction, elle, tente de conjurer l’éventualité d’une fermeture qui priverait le territoire d’un dispositif pensé pour gagner en autonomie, notamment grâce aux appartements en ville qui restent, pour l’heure, inoccupés.