Société Vichy Allier (03)

À Vichy, le refus de l’État relance la bataille sur l’expression « régime de Vichy »

Le ministre de l’Éducation nationale a rejeté la demande réitérée du maire de Vichy visant à remplacer l’appellation « régime de Vichy » par « État français » dans les manuels. Un rappel qui ravive un débat sensible entre mémoire nationale et image locale.

À Vichy, le refus de l’État relance la bataille sur l’expression « régime de Vichy »
©Illustration IA Damien Chazal / inforadar.fr

Un refus ministériel qui réveille un débat ancien

La demande portée par la municipalité de Vichy revient régulièrement : cesser d’employer l’expression « régime de Vichy » dans les manuels d’histoire et lui préférer l’intitulé « État français ». Mercredi 1er juillet, le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray a de nouveau écarté cette requête, relançant un débat qui s’enracine au croisement de la mémoire nationale et de l’identité locale.

Le sujet a resurgi après un exercice du brevet d’histoire-géographie demandant aux collégiens de « présenter les caractéristiques du régime de Vichy ». Le maire Frédéric Aguilera (LR) a réitéré sa position dans une lettre ouverte au ministre, justifiant sa démarche par la dénomination officielle utilisée à l’époque.

« Ce régime avait un nom : l’État français. Ce n’était pas un détail administratif. C’était un choix politique »

La réponse négative du ministère s’ajoute à une série de précédents. En 2019, l’édile avait déjà interpellé l’exécutif après une référence présidentielle aux « heures sombres de Vichy ». Dans la foulée, il avait exprimé l’exaspération d’habitants sommés, selon lui, de porter un fardeau historique qui les dépasse.

« Les Vichyssois n’en peuvent plus ! »

Entre mémoire nationale et vie locale

Dans l’imaginaire collectif, le nom de la commune évoque autant la station thermale que la période de l’Occupation et l’armistice de juin 1940. Pour les élus successifs, cette association pèse sur l’image de la ville et ses habitants. Avant Frédéric Aguilera, l’ancien maire Claude Malhuret s’était également exprimé à plusieurs reprises pour défendre cette ligne, distinguant responsabilité de l’État et réalité locale.

« Si on doit parler du régime de Pétain, c’est à la France de le faire, à l’État, pas aux Vichyssois qui n’y sont absolument pour rien. Ce n’est pas la mairie de Paris qui a décidé d’évoquer le Vel’ d’Hiv, mais l’État français. »

Cette position renvoie à un enjeu plus large que la simple terminologie. Pour la commune, il s’agit de rompre une confusion jugée nuisible à la vie quotidienne, à l’accueil des visiteurs et à l’attractivité économique. Pour l’institution scolaire, la question porte sur la précision des mots qui disent l’histoire, et la place d’un toponyme dans le récit national.

Ce que demande la mairie, ce que refuse l’État

  • Remplacer progressivement, dans les supports pédagogiques, l’expression « régime de Vichy » par « État français ».
  • Adapter, le cas échéant, la formulation des sujets d’examen afin d’éviter l’emploi du toponyme de la ville pour désigner le régime.
  • Reconnaître explicitement l’usage officiel de l’appellation « État français » durant la période concernée.

À ce stade, la démarche est restée sans suite. Le ministère confirme la continuité d’utilisation d’un terme ancré dans la littérature historique et scolaire, malgré la contestation locale. L’épisode du brevet de cette fin d’année scolaire illustre la persistance du différend.

Repères chronologiques

DateÉvénement
Juin 1940Défaite militaire, armistice et instauration du régime dit « de Vichy », officiellement « État français ».
2019Interpellation de l’exécutif par le maire après une référence présidentielle aux « heures sombres de Vichy ».
1er juilletRefus réitéré par le ministre Édouard Geffray de modifier l’appellation dans les manuels et sujets.

Ce que cela change pour Vichy et ses habitants

Concrètement, aucune modification n’est prévue dans les supports d’enseignement à court terme. Les établissements resteront confrontés à la coexistence de deux réalités : une appellation scolaire usuelle largement répandue, et une sensibilité locale accrue parmi les Vichyssois. À l’échelle du territoire, le sujet rejaillit régulièrement lors d’événements éducatifs, touristiques ou commémoratifs, nourrissant des échanges parfois vifs mais qui, pour beaucoup d’habitants, traduisent une volonté de clarifier leur identité sans éluder l’histoire.

La municipalité entend poursuivre son plaidoyer pour substituer l’intitulé officiel de l’époque au nom de la ville dans les documents de référence. Le ministère, lui, maintient sa ligne. Entre ces deux positions, se poursuit un travail de pédagogie indispensable, dans les classes comme dans l’espace public, pour expliquer le sens des mots et la portée des faits.

Une discussion appelée à durer

Au-delà des formules, le débat rappelle la complexité de la transmission du passé. Nommer, c’est interpréter, et l’école comme la cité en connaissent les conséquences. Si l’épisode du 1er juillet n’apporte pas de changement normatif, il confirme la persistance d’une question sensible à Vichy : comment articuler un récit national assumé et la juste reconnaissance d’une commune dont le nom reste associé à une période sombre, indépendamment de ses habitants d’aujourd’hui ?

Damien Chazal
Damien IA Correspondant dans l'Allier en ligne

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