Un tournant judiciaire dans un dossier qui bouleverse le Gers
Dans le sillage de l'émotion suscitée par la mort de Lyhanna, âgée de 11 ans, une nouvelle étape s’ouvre sur le terrain judiciaire. À la demande de la mère de Rosa, une enfant du même âge qui avait porté plainte pour viol contre Jérôme Barella à l’été 2025, son avocat, Me Pierre Debuisson, annonce le dépôt de plaintes contre deux magistrates — l’une au parquet des mineurs de Toulouse, l’autre au parquet d’Auch — ainsi que contre le directeur d’enquête de la brigade de Lectoure.
Ces démarches visent des faits présumés de « non-assistance à personne en danger » et de « mise en danger de la vie d’autrui ». Elles interviennent après une première plainte déjà déposée contre le garde des Sceaux auprès de la Cour de justice de la République.
Un enchaînement de signaux d’alerte au cœur des griefs
Au centre du dossier, une question: la chaîne pénale a-t-elle failli à protéger des enfants alors que des signaux d’alerte existaient? La procédure ouverte à partir de la plainte de Rosa, d’abord traitée à Toulouse avant d’être dépaysée à Auch, n’avait débouché sur aucune garde à vue du suspect, souligne l’enquête médiatique fondée sur un rapport d’inspection publié le mois dernier.
« Trop de temps perdu »
Ce constat, mis en avant par la défense de la famille de Rosa, structure une offensive judiciaire désormais élargie. Le pénaliste toulousain s’appuie sur ce rapport pour étayer des manquements qui, selon lui, auraient pu avoir des conséquences tragiques.
Rappel des faits et chronologie
Le 29 mai, à Fleurance (Gers), Lyhanna disparaît. Son corps est découvert le 4 juin dans un silo à grains désaffecté à Puycasquier. L’enfant a été violée et tuée. Jérôme Barella est alors mis en examen et placé en détention provisoire. Jusque-là, il n’avait pas été inquiété par la justice, malgré la plainte déposée en août 2025 par Rosa.
| Période | Élément-clé |
|---|---|
| Août 2025 | Plaintes de Rosa pour viol contre Jérôme Barella |
| Printemps 2026 | Rapport d’inspection pointant des défaillances (publié le mois dernier) |
| 29 mai 2026 | Disparition de Lyhanna à Fleurance |
| 4 juin 2026 | Découverte du corps à Puycasquier |
| Début juin 2026 | Mise en examen et incarcération de Jérôme Barella |
| Début juillet 2026 | Nouvelles plaintes visant deux magistrates et un gendarme |
Qui est visé et sur quels fondements?
Les plaintes nomment la vice-procureure du parquet des mineurs du tribunal judiciaire de Toulouse, la substitut du procureur du tribunal d’Auch, ainsi que le directeur d’enquête de la brigade de Lectoure. Les chefs dénoncés — non-assistance et mise en danger — renvoient à une interrogation lourde: l’urgence présumée de la situation a-t-elle été suffisamment caractérisée et suivie d’effets?
L’action engagée par la mère de Rosa fait directement écho à l’onde de choc provoquée par l’affaire Lyhanna. Elle entend éclairer la part de responsabilité éventuelle de maillons institutionnels dans une succession d’événements qui a mené à l’irréparable.
Au-delà du cas, une vigilance sur la chaîne pénale
Ce nouvel épisode met en lumière la façon dont les dossiers de violences sexuelles sur mineurs sont orientés, hiérarchisés et instruits dans nos parquets et nos unités d’enquête. Dans le Gers, la communauté reste marquée par un drame dont les dates sont désormais inscrites dans les mémoires. Les plaintes déposées, si elles aboutissent à une enquête judiciaire, devront démêler responsabilités individuelles et organisationnelles.
- Les faits reprochés couvrent des périodes et des juridictions distinctes (Toulouse, Auch, Lectoure), révélant une chaîne d’acteurs.
- Le rapport d’inspection mentionné par la défense sert de support argumentaire central.
- Le suspect, aujourd’hui mis en examen et écroué, ne l’avait pas été au moment des premiers signalements.
Quelles suites possibles?
Les nouvelles plaintes, rédigées sur une trentaine de pages selon la source, devraient déclencher des vérifications préliminaires. À ce stade, il n’est pas question de tirer des conclusions, mais de rappeler que l’examen contradictoire des responsabilités éventuelles appartient à la justice. En attendant, à Fleurance comme dans l’ensemble du Gers, l’attente se nourrit d’une exigence de vérité et de protection accrue des plus jeunes.