Une décision attendue, un village encore à vif
Ce jeudi 2 juillet 2026, la Cour de révision a dit non à la demande de réhabilitation déposée par les héritiers de Raymond Mis et Gabriel Thiennot. Les deux hommes, aujourd’hui décédés, restent donc condamnés en droit pour le meurtre d’un garde-chasse commis en 1946. À Saint-Michel-en-Brenne (Indre), lieu des faits, la décision réveille une mémoire locale déjà sensible et, parfois, silencieuse.
Un sujet sensible derrière les volets
Dans les maisons du bourg, les radios grésillent, les discussions se font feutrées. Le sujet demeure délicat, presque tenu à distance, même si chacun en porte une part d’histoire familiale. Un habitant confie que, chez lui, on a longtemps évité de remettre le dossier sur la table, tout en suivant chaque rebondissement.
« Moi, si on m'en parle, j'en parle, mais si on m'en parle pas, j'en parle pas. Mon père, il m'en a parlé beaucoup, mais moi j'en parle pas. C'est pas un sujet qui nous revient en permanence. Ça fait 80 ans quand même. Parce que tout le monde était copain avec le garde et avec les chasseurs. Alors, chacun dit après sa petite sauce. »
Ce même témoin, qui écoute les nouvelles en continu, dit sa déception face au rejet du recours:
« On espérait fort, oui. C'est une déception, oui. Ça aboutit à rien, quoi. »
Commémorations, toponymie et fractures mémorielles
La famille du garde-chasse a, de son côté, demandé que les rues portant les noms de Mis et Thiennot soient débaptisées dans le département. Une requête qui ne fait pas consensus parmi les habitants interrogés.
« Ils peuvent les laisser, parce qu'ils ont marqué l'Histoire quand même, tout en plaidant leur innocence, ça fait 80 ans. »
Son épouse renchérit, pragmatique:
« Je vois pas pourquoi ils enlèveraient le nom, d'ailleurs : ça ne va pas changer la face du monde, je pense pas. »
Tous deux appartiennent au comité de soutien dédié. Le groupe, très impliqué depuis des années, ne compte pas s’effacer malgré l’issue judiciaire du jour. Son président l’assure:
« On ne baisse pas les bras »
Une affaire vieille de 80 ans, toujours présente
L’écho de cette histoire ancienne traverse les générations. Elle continue d’interroger la relation du village à son passé, et la frontière entre justice rendue et quête de reconnaissance. Si les juridictions ont désormais tranché, la mémoire locale, elle, demeure. Dans les discussions, on évoque les liens d’autrefois entre le garde et les chasseurs, on rappelle les récits transmis par les parents, on mesure la difficulté à faire cohabiter souvenirs intimes et décisions de justice.
- La décision de la Cour de révision maintient la condamnation initiale, sans réhabilitation posthume.
- Dans le village, la parole s’exprime à voix basse, entre pudeur et fidélité aux histoires familiales.
- Le débat autour des noms de rues illustre la tension entre mémoire et espace public.
Repères chronologiques
| Période | Événement |
|---|---|
| 1946 | Meurtre d’un garde-chasse et condamnation de Raymond Mis et Gabriel Thiennot. |
| 2 juillet 2026 | Rejet par la Cour de révision de la demande de réhabilitation présentée par leurs héritiers. |
Et maintenant?
La question de la toponymie, soulevée par la famille de la victime, pourrait ouvrir un nouveau chapitre local. Mais à Saint-Michel-en-Brenne, beaucoup privilégient la discrétion et le respect des sensibilités. Entre le besoin de tourner la page et celui de reconnaître la complexité du passé, la commune avance à petits pas, au rythme des souvenirs et des décisions officielles. La journée du 2 juillet n’a pas clos l’histoire: elle en a rappelé les lignes de fracture, et la persistance d’une mémoire qui, huit décennies plus tard, demeure vive.