Un poste essentiel au pied du Palais
Chaque été, quand les gradins prennent place devant le Palais des papes, un petit monde s'active pour transformer la grande cour fortifiée en scène : câbles, projecteurs, loges provisoires et régie électrique doivent cohabiter avec des siècles d'histoire. À la manœuvre, le rôle de régisseur général revient depuis 2021 à Jérôme Delporte, 54 ans, qui incarne le lien entre les metteurs en scène, les équipes techniques et la préservation d'un monument classé.
Ancien cadre chez EDF reconverti dans le spectacle, Delporte connaît le Palais « par cœur » pour y travailler depuis 2003 comme électricien. La charge est autant technique qu'administrative : il coordonne la préparation, supervise la sécurité et négocie ce qui est réalisable sur un site soumis à des règles strictes.
Une organisation millimétrée
Sur le terrain, l'équipe se compose d'une pluralité de métiers. En période de festival, l'organigramme sous sa responsabilité se résume ainsi :
- 25 personnes dédiées à la machinerie (son, lumière, plateau) ;
- 1 adjoint et 17 agents polyvalents (logistique, entretien, plateau) ;
- une trentaine d'agents d'accueil pour le placement du public.
| Fonction | Mission |
|---|---|
| Machinerie | Installation et exploitation technique |
| Agents polyvalents | Entretien des loges et plateau |
| Accueil | Placement et information du public |
Les installations sont massives : le plateau s'étire en longueur et reçoit environ 1 800 gradins, déployés de mai à octobre. Câbles et projecteurs doivent être tirés jusque dans les tours, et la puissance électrique adaptée à des créations parfois ambitieuses.
« C'est le plus beau théâtre du monde, quand même ! »
Cette exclamation résume l'attachement au lieu mais rappelle aussi la délicate équation que doit résoudre le régisseur : satisfaire les rêves des metteurs en scène sans fragiliser un édifice du XIVe siècle.
Négociations et limites
Avant chaque création, des réunions techniques permettent de définir ce qui sera possible. Certaines demandes artistiques butent sur la réglementation et la conservation : l'exemple rapporté d'une proposition impliquant du sang sur les murs illustre la nécessaire conciliation entre inventivité et protection du patrimoine. Le régisseur sert d'interface, traduisant des souhaits artistiques en contraintes techniques et réglementaires, parfois en refus justifiés.
En fin de journée, quand les derniers contrôles sont effectués et que le public est en place, Jérôme Delporte donne son « top trompettes » via talkie-walkie pour lancer la représentation. Une routine qui masque des mois de préparation : du montage des gradins à l'arrivée des équipes en juin, la transformation de la cour est un travail collectif, permanent et minutieux, intimement lié à l'identité culturelle d'Avignon.
Pour la cité, cette organisation assure que le Festival continue de tenir ses promesses artistiques, tout en respectant un patrimoine dont la fragilité oblige à la prudence.