Une double proposition jusqu'au 20 septembre
La Collection Lambert d'Avignon propose, jusqu'au 20 septembre, une exposition organisée en deux volets — Caumont et Montfaucon — qui joue simultanément la carte de la mémoire artistique des années 1980 et celle d'une scène contemporaine au féminin et internationale.
Le parcours de Caumont invite à revisiter les pièces acquises durant la période marquée par l'ancien galeriste, offrant ainsi une perspective renouvelée sur une décennie foisonnante de ruptures et d'exubérance visuelle. À Montfaucon, la scénographie met en valeur un quintet d'artistes — une Américaine, une Iranienne formée aux Beaux-Arts de Montpellier, une Coréenne, une Indienne et une Palestinienne — dont les pratiques s'entrelacent entre installations, sculpture et vidéo.
- Melika Sadeghzadeh expose une installation au sol composée de grenades en plâtre vidées, surmontées de chutes d'ébénisterie et de poèmes intimistes.
- Jumana Manna occupe trois vastes salles avec des installations mêlant céramiques peintes, fers travaillés et un film documentaire interrogeant la prohibition de plantes traditionnelles en Palestine.
- Shilpa Gupta propose des dessins épurés, esquissant des scènes d'arrestations policières, tandis qu'un couloir est dédié à ses compositions.
- Geumhyung Jeong investit une salle en L par une installation qui combine fouilles au sol, vitrines type laboratoire et vidéos performatives.
« Le mot grenade n’a pas été choisi par hasard. »
La formule, reprise dans le parcours, souligne l'intention symbolique et politique qui irrigue plusieurs des pièces. L'exposition ne se contente pas d'aligner des œuvres : elle cherche à tisser des correspondances entre matériaux bruts et objets du quotidien, entre mémoire intime et enjeux collectifs.
Dans la présentation de Jumana Manna, la confrontation des céramiques anthropomorphes avec des tuyaux sortant des murs et des reliefs de pains ramène à des gestes quotidiens inscrits dans des contextes de contrainte écologique et politique. Le travail de Shilpa Gupta, plus discret en apparence, use du silence et du retrait pour mieux suggérer des récits absents ou interrompus : l'imagination du visiteur est sollicitée pour compléter la scène.
| Lieu | Accent |
|---|---|
| Caumont | Relecture des œuvres des années 1980 |
| Montfaucon | Quintet d'artistes féminines internationales |
Le double accrochage offre ainsi deux lectures complémentaires : l'une historique, l'autre résolument contemporaine et engagée. Pour Avignon, ville où la programmation culturelle rythme les saisons, la Collection Lambert confirme son rôle de plateforme méticuleuse et exigeante, capable de conjuguer patrimoine et renouvellement critique.
Visiter l'exposition, c'est accepter d'être confronté à des œuvres qui dérangent et questionnent, tout en profitant d'une mise en espace soignée qui met en valeur tant la fragilité que la force des pièces présentées.