Un procès qui rouvre une plaie du quartier de La Rocade
Le procès de Kévin Kimuina Kumbi, dit « KK », pour complicité dans l’assassinat d’Hacène Rouag s’est poursuivi mardi 22 septembre devant la cour d’assises du Vaucluse. La fusillade, survenue le 31 mai 2014 au snack du quartier de La Rocade, avenue du Moulin de Notre-Dame, avait profondément marqué le secteur.
Au deuxième jour d’audience, l’accent a porté sur les témoignages des proches et des riverains. Sur les 18 personnes initialement convoquées, seulement six sont venues déposer. Le vide laissé par l’absence d’un grand nombre de témoins a rendu la quête de certitudes particulièrement difficile pour la cour.
« Le fond du dossier, c’est la jalousie »
Plusieurs proches des victimes ont décrit un climat tendu et des rancœurs anciennes. Les frères Rouag, qui inauguraient leur snack le soir du drame, ont restitué une mémoire vive des événements. L’un d’eux a raconté la mise en place d’activités pour les jeunes et l’arrivée de la voiture d’où auraient été tirés les coups de feu :
- « On avait récupéré des locaux pour faire une petite association, on avait mis des jeux pour les jeunes, tout ça quoi. Puis une voiture est venue et on nous a tirés dessus à la kalach. »
- « Ils voulaient la cité pour eux », a ajouté un des frères, décrivant des tensions territoriales.
Les témoignages ont rappelé une spirale de violences après le meurtre : plusieurs protagonistes ont été condamnés pour faits liés aux représailles. L’un des frères a ainsi été incarcéré pour avoir participé à une expédition punitive ; un second a écopé, au total, de 18 années de prison pour un ensemble de faits. Ces antécédents alimentent la complexité du dossier et les suspicions autour des responsabilités.
Des éléments et des zones d’ombre
Malgré les récits, les témoignages produits mardi n’ont pas permis d’apporter une preuve irréfutable de l’implication directe de l’accusé dans la fusillade. La défense et l’accusation devront donc s’appuyer sur l’ensemble des pièces et dépositions pour tenter d’éclairer la cour. Les absences répétées parmi les témoins complicent la reconstitution précise des faits et la recherche de la vérité judiciaire.
Ce procès, douze ans après les faits, ravive pour le quartier un traumatisme ancien et interroge sur la façon dont les conflits de territoire et les règlements de compte ont pu déboucher sur un assassinat. La suite des débats devra préciser le rôle exact attribué à Kévin Kimuina Kumbi et répondre aux questions des familles, qui attendent des éclaircissements et une forme de réparation.
Les audiences se poursuivent à la cour d’assises du Vaucluse ; la parole des dernières parties civiles et des experts devrait permettre d’évaluer plus précisément les responsabilités pénales.