Deux façons de faire vivre les classiques au cœur d'Avignon
Le Festival d'Avignon confirme cette année son attachement aux pièces qui ont traversé les siècles, en offrant au public des lectures résolument contemporaines de Molière et de Shakespeare. À quelques pas des lieux historiques du festival, deux propositions se répondent : l'une, concentrée et quasiment minimaliste, revisite Hamlet ; l'autre propose un élan collectif et généreux autour de Molière.
La mise en scène de Thibault Perrenoud propose une version « à l'os » de Hamlet, tirée d'une traduction nouvelle de Clément Camar‑Mercier. Le parti pris est clair : aller à l'essentiel avec trois comédiens seulement, et une durée réduite à 1h30. L'interprétation cherche à débarrasser le texte de tout ornement superflu pour solliciter la question centrale du personnage — « être ou ne pas être » — comme une interrogation humaine et intemporelle.
« La traduction est de toute façon déjà une trahison »
La forme du spectacle est aussi singulière par son dispositif : itinérant, il se joue en extérieur chaque jour dans un lieu différent, renouant avec la tradition du théâtre de tréteaux et mettant le public en prise directe avec la performance. Cette économie de moyens techniques et cette mobilité interrogent ce que l'on attend d'un grand texte : faut‑il toujours la monumentalité pour le servir ?
En contrepoint, le collectif belge tg STAN choisit la démesure et la célébration. À la Carrière de Boulbon, il présente « 1, 2, 3, Poquelin », un véritable marathon autour de Molière. Après « Poquelin » (2003) et « Poquelin II » (2017), Jolente De Keersmaeker et Damiaan De Schrijver assemblent cinq pièces du répertoire — parmi lesquelles figurent L'Avare et Le Médecin malgré lui — pour un spectacle d'une durée totale de 4h30. L'approche est collective, généreuse, et volontairement fatigante : un déplacement sensoriel qui revendique la longueur comme expérience dramaturgique.
Ces deux propositions illustrent la vitalité et la pluralité du Festival d'Avignon : l'une privilégie l'épuration et la proximité, l'autre le foisonnement et la fête du classique. Pour le spectateur avignonnais, elles offrent deux invitations complémentaires — réfléchir au texte dans l'intimité d'un trio, ou se laisser emporter par l'entraînement d'un grand ensemble qui fait du théâtre un événement.
- Hamlet : version épurée de Thibault Perrenoud, 3 comédiens, 1h30, itinérance en extérieur.
- 1, 2, 3, Poquelin (tg STAN) : compilation de 5 pièces, dirigée par Jolente De Keersmaeker et Damiaan De Schrijver, 4h30, Carrière de Boulbon.
| Spectacle | Durée | Format |
|---|---|---|
| Hamlet (Thibault Perrenoud) | 1h30 | Itinérant, 3 comédiens |
| 1, 2, 3, Poquelin (tg STAN) | 4h30 | Marathon, 5 pièces |
Au‑delà du contraste formel, ces choix témoignent d'une volonté du festival de confronter les publics à des lectures diverses du patrimoine dramatique. Reste à savoir quelles lectures retiendront la faveur des Avignonnais : celles qui dépouillent pour mieux questionner, ou celles qui amplifient pour célébrer.