Une lecture abrégée qui interroge la place du texte
Au cœur du Festival d'Avignon 2026, la proposition de Thibault Perrenoud sur le chef-d'œuvre de Shakespeare a suscité plus d'interrogations que d'admiration. Adapté par Clément Camar-Mercier et mis en scène par Perrenoud — qui tient aussi le rôle-titre — ce Hamlet s'annonce comme une lecture rapide et volontairement dépouillée du texte, mais elle peine à convaincre par son étrangeté et ses choix radicaux.
La pièce est raccourcie : une heure trente pour une tragédie que le théâtre élisabéthain et les programmations intégrales jouent parfois sur plusieurs heures. Le dispositif réduit les personnages — la mise en scène fait tenir l'intrigue à trois acteurs — et supprime des moments initiaux jugés déterminants, en particulier la première apparition du fantôme, moteur de la vengeance et de la folie qui traversent l'œuvre.
- Durée : 1h30
- Mise en scène et interprétation : Thibault Perrenoud
- Adaptation : Clément Camar-Mercier
Ces choix dramaturgiques ne relèvent pas seulement d'une condensation ; ils reconfigurent le spectre psychologique et politique de la pièce. Là où Shakespeare déploie une réflexion sur l'héritage, la folie et le pouvoir, la version présentée à Avignon opte pour un ton volontairement brouillon, parfois provocateur, et fréquemment déroutant.
"Hamlet en une heure trente... Hamlet, le prince de Danemark fou-fou, faisant caca dans sa couche"
La critique qui a assisté à la représentation décrit des scènes volontairement choquantes et une fragmentation des grands monologues. Certains choix peuvent être lus comme une volonté d'actualiser ou de démythifier l'œuvre ; pris ensemble, ils donnent toutefois une sensation d'éparpillement. Quelques idées trouvent toutefois un écho — le doublement d'Ophélie et de Gertrud par la même comédienne est salué comme l'une des rares bonnes intuitions de la mise en scène — mais elles peinent à compenser la perte de densité.
Sur le plan local, cette version pose la question de l'équilibre entre invention scénique et respect du texte : Avignon, ville de festivals et de débats artistiques, reste un lieu où de telles expérimentations sont attendues et polarisantes. Pour le public, l'enjeu est double : la curiosité face à une proposition radicale et l'attente d'une expérience qui fasse justice à la complexité de l'œuvre.
La réception contrastée de ce Hamlet illustre la vitalité et la tension du plateau avignonnais : entre audace et attachement au patrimoine dramatique, la programmation continue d'interroger ses publics.
| Élément | Constat |
|---|---|
| Durée | 1h30 (très abrégée) |
| Distribution | 3 acteurs (réduction notable) |
| Accroche critique | Proposition brouillonne, quelques pistes intéressantes |