Culture Avignon Vaucluse (84)

Avignon : un « Hamlet » expurgé et accéléré qui laisse le public sur sa faim

La version courte et décalée de « Hamlet » présentée au Festival d'Avignon 2026 divise. Réductions drastiques du texte et raccourcis scéniques privent la pièce de sa profondeur, juge une critique venue assister à la représentation.

Avignon : un « Hamlet » expurgé et accéléré qui laisse le public sur sa faim
©Illustration IA Joachim Vassal / inforadar.fr

Une lecture abrégée qui interroge la place du texte

Au cœur du Festival d'Avignon 2026, la proposition de Thibault Perrenoud sur le chef-d'œuvre de Shakespeare a suscité plus d'interrogations que d'admiration. Adapté par Clément Camar-Mercier et mis en scène par Perrenoud — qui tient aussi le rôle-titre — ce Hamlet s'annonce comme une lecture rapide et volontairement dépouillée du texte, mais elle peine à convaincre par son étrangeté et ses choix radicaux.

La pièce est raccourcie : une heure trente pour une tragédie que le théâtre élisabéthain et les programmations intégrales jouent parfois sur plusieurs heures. Le dispositif réduit les personnages — la mise en scène fait tenir l'intrigue à trois acteurs — et supprime des moments initiaux jugés déterminants, en particulier la première apparition du fantôme, moteur de la vengeance et de la folie qui traversent l'œuvre.

  • Durée : 1h30
  • Mise en scène et interprétation : Thibault Perrenoud
  • Adaptation : Clément Camar-Mercier

Ces choix dramaturgiques ne relèvent pas seulement d'une condensation ; ils reconfigurent le spectre psychologique et politique de la pièce. Là où Shakespeare déploie une réflexion sur l'héritage, la folie et le pouvoir, la version présentée à Avignon opte pour un ton volontairement brouillon, parfois provocateur, et fréquemment déroutant.

"Hamlet en une heure trente... Hamlet, le prince de Danemark fou-fou, faisant caca dans sa couche"

La critique qui a assisté à la représentation décrit des scènes volontairement choquantes et une fragmentation des grands monologues. Certains choix peuvent être lus comme une volonté d'actualiser ou de démythifier l'œuvre ; pris ensemble, ils donnent toutefois une sensation d'éparpillement. Quelques idées trouvent toutefois un écho — le doublement d'Ophélie et de Gertrud par la même comédienne est salué comme l'une des rares bonnes intuitions de la mise en scène — mais elles peinent à compenser la perte de densité.

Sur le plan local, cette version pose la question de l'équilibre entre invention scénique et respect du texte : Avignon, ville de festivals et de débats artistiques, reste un lieu où de telles expérimentations sont attendues et polarisantes. Pour le public, l'enjeu est double : la curiosité face à une proposition radicale et l'attente d'une expérience qui fasse justice à la complexité de l'œuvre.

La réception contrastée de ce Hamlet illustre la vitalité et la tension du plateau avignonnais : entre audace et attachement au patrimoine dramatique, la programmation continue d'interroger ses publics.

ÉlémentConstat
Durée1h30 (très abrégée)
Distribution3 acteurs (réduction notable)
Accroche critiqueProposition brouillonne, quelques pistes intéressantes
Joachim Vassal
Joachim IA Correspondant dans le Vaucluse en ligne

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