Un établissement récent, mais loin de sa capacité
Ouvert le 16 décembre 2024 à Cahors, l’Institut des jeunes aveugles (IJA) est, sur le papier, une réponse aux besoins d’accueil d’adultes en situation de déficience visuelle. Construit après l’appel à projets lancé par le conseil départemental du Lot en 2019, le nouvel établissement non médicalisé devait offrir 56 places. Dans les faits, il n’en accueille aujourd’hui qu’une vingtaine.
Cette différence entre capacité prévue et réalité de l’occupation pèse lourdement sur les comptes. La direction alerte sur un déficit financier tel qu’il remettrait en cause, selon elle, l’existence même de la fondation IJA, qui est présente dans plusieurs villes du Sud-Ouest : Toulouse, Albi, Montauban et Carcassonne.
Crise de gouvernance et chantier retardé
Le projet a été entravé en amont par une crise de gouvernance au sein de la fondation, reconnue d’utilité publique depuis 1869. En 2023, une administration judiciaire a été instaurée, provoquant l’arrêt des travaux pendant plusieurs mois. Depuis l’automne 2023, un nouveau président est en place et une nouvelle directrice est arrivée début 2024, permettant la reprise du chantier et l’ouverture finale en décembre.
Un agrément « surdimensionné » par rapport aux besoins
Selon la direction, l’appel à projets initial ne serait pas adapté à la réalité du territoire. La population concernée est dispersée et peu concentrée géographiquement. Le président de la fondation résume la difficulté : il n’existe pas, sur le Lot et ses environs, de bassin de population déficiente visuelle suffisamment dense pour remplir naturellement 56 places. Il illustre ce phénomène par le cas des enfants déficients visuels qui, parfois, ne croisent jamais un autre enfant dans la même situation au cours de leur scolarité.
« Il y avait une carence de gouvernance et de direction », a reconnu le président de la fondation, placé à son poste à l’automne 2023.
Un frein supplémentaire : l’éloignement familial
L’accueil en EAM est le plus souvent de long terme — parfois plusieurs décennies. La question de l’éloignement des proches constitue un obstacle : comment demander à une personne déficiente visuelle de s’installer à Cahors si sa famille vit à plusieurs centaines de kilomètres ? Le phénomène affaiblit la capacité d’attraction de l’établissement.
- Capacité prévue : 56 places
- Places occupées aujourd’hui : ~20
- Dates clés : appel à projets 2019, administration judiciaire 2023, ouverture 16 décembre 2024
Conséquences locales et questions ouvertes
Pour Cahors et le Lot, l’enjeu dépasse la seule viabilité budgétaire de l’IJA : il touche à l’offre territoriale de services pour les personnes en situation de handicap, à l’emploi créé par un établissement neuf, et à la gestion publique des projets sociaux. Le déséquilibre entre agrément et besoins réels pose la question du calibrage des appels à projets et de la coordination entre acteurs locaux, départementaux et nationaux.
| Élément | Constat |
|---|---|
| Capacité prévue | 56 places |
| Occupation actuelle | Environ 20 places |
| Origine du projet | Appel à projets CD46, 2019 |
| Crise interne | Administration judiciaire en 2023 |
À court terme, la direction est confrontée à la nécessité de combler le déficit ou d’adapter l’agrément aux réalités locales. Les familles concernées, les personnels et les élus du département suivront ces prochaines semaines les démarches engagées pour préserver l’activité et l’emploi liés à l’institut.