Un verrou majeur saute sur le fleuve Charente
Sur le cours de la Charente, un point noir de la continuité écologique s’apprête à disparaître. Le Conseil départemental de Charente-Maritime va investir 1 million d’euros pour démolir le barrage reliant l’extrémité de l’île de la Baine à la rive gauche, à Chaniers, et réaliser une passe à poissons. Cet ouvrage, situé entre Cognac et Saint-Savinien, bloquait encore la route des migrateurs qui remontent le fleuve.
Des espèces à forte valeur patrimoniale
Trois espèces sont au cœur du projet : la grande alose, l’alose feinte et l’anguille européenne. Pour elles, la Charente joue un rôle de couloir biologique, avec des zones de reproduction repérées en amont du secteur. Le service départemental en charge des continuités écologiques rappelle les exigences de ces poissons, dont la reproduction s’effectue sur des fonds non limoneux.
« Les poissons sont attirés par le courant, il fallait donc passer par l’extérieur du méandre »
Présenté fin juin aux habitants, le projet a été ajusté après un premier schéma jugé inadapté. L’aménagement retenu suppose d’ouvrir un chenal en bordure du méandre et d’ôter un petit îlot en amont, afin de guider naturellement les migrateurs vers le dispositif.
Un maillon manquant entre Cognac et l’estuaire
Le fleuve est classé pour son rôle de réservoir biologique, ce qui oblige les gestionnaires à garantir la libre circulation piscicole. Côté Charente, les aménagements ont déjà commencé depuis plus d’une décennie : à l’écluse de Crouin, à Cognac, une passe a été posée en 2010. En aval, sur le barrage de Saint-Savinien, une autre a vu le jour en 2019. Restait la Baine : la suppression du barrage et la création d’un passage adapté doivent lever ce dernier obstacle structurant.
| Site | Commune | Année | Aménagement |
|---|---|---|---|
| Écluse de Crouin | Cognac (16) | 2010 | Passe à poissons |
| Barrage | Saint-Savinien (17) | 2019 | Passe à poissons |
| Île de la Baine | Chaniers (17) | — | Démolition du barrage + passe |
Un chantier discuté et encadré
Les études ont démarré en 2014. Le dossier a pris du retard, le tracé initial au milieu de l’ouvrage n’étant pas satisfaisant. La vice-présidente en charge de l’eau, Françoise de Roffignac, est venue détailler l’opération fin juin aux habitants de Chaniers, entourée des techniciens. La solution privilégie désormais le courant principal et une reconfiguration fine des abords, pour éviter tout effet d’appel trompeur.
Des retombées attendues jusqu’en Charente
Pour le territoire charentais, notamment autour de Cognac, l’intérêt est clair : réunir les conditions d’une remontée fluide des aloses et des anguilles vers les frayères amont. Au-delà de l’enjeu écologique, ce continuum favorise une gestion plus cohérente du fleuve entre départements voisins. À terme, l’ensemble des usagers — pêcheurs, naturalistes, riverains — devrait constater une amélioration des indices de présence des migrateurs sur les secteurs amont.
Repères pratiques
- Investissement annoncé : 1 million d’euros pour la démolition et la passe.
- Objectif : rétablir la continuité piscicole sur l’axe Cognac–Chaniers–Saint-Savinien.
- Espèces ciblées : grande alose, alose feinte, anguille européenne.
À l’échelle du bassin, ce chantier s’inscrit dans un maillage d’ouvrages « sur mesure » déjà engagés. Une façon de rendre au fleuve sa fonction de corridor, au bénéfice d’espèces patrimoniales que la Charente accueille depuis des générations.