Une disparition qui marque Clermont-Ferrand
La communauté juive de Clermont-Ferrand est en deuil après l’annonce, ce 2 juillet 2026, du décès de Sabino Moustacchis, à l’âge de 80 ans. Inhumé le 28 juin au cimetière parisien de Pantin, cet ancien président de l’Association cultuelle israélite de la ville a longtemps incarné, durant près de trois décennies, une voix structurante du judaïsme clermontois. Son engagement a également pris corps à travers le centre culturel Jules-Isaac, ouvert en 2013 dans l’ancienne synagogue de la rue des 4-Passeports, dont il a piloté la restauration.
Parcours d’un bâtisseur discret
Né au Caire en 1945, arrivé en France en 1966 après l’obtention de son baccalauréat, Sabino Moustacchis s’est d’abord établi à Issoire où il a travaillé, avant de s’investir pleinement au service de la communauté juive à Clermont-Ferrand. À la croisée de la vie spirituelle et de la transmission culturelle, il a conduit un chantier emblématique : redonner vie à l’ancienne synagogue et y ancrer un projet durable avec la création du centre Jules-Isaac. Dans la mémoire locale, son nom reste associé à cette réhabilitation qui a permis de rouvrir un lieu patrimonial à de nouveaux usages culturels et pédagogiques.
Reconnaissance nationale et ancrage industriel
Professionnellement, Sabino Moustacchis a exercé comme directeur des ressources humaines chez Aubert et Duval. Son engagement pour le dialogue et la transmission a été salué au niveau national : fait chevalier de l’ordre national du Mérite en 2006, il a été promu officier en février 2022 au titre du ministère de l’Éducation nationale. À l’occasion de cette distinction, le Grand rabbin de France Haïm Korsia soulignait l’alliage singulier de l’industrie et de l’humanisme qui caractérisait son parcours :
« L’industrie n’est pas faite exclusivement de technique : il y a des poètes dans la métallurgie et Sabino en est un ».
Ce que son action a changé à Clermont-Ferrand
En présidant l’Association cultuelle israélite de Clermont-Ferrand pendant environ 30 ans, Sabino Moustacchis a contribué à structurer la vie religieuse locale, à ouvrir des espaces de dialogue et à préserver un pan de la mémoire juive dans le Puy-de-Dôme. Le centre Jules-Isaac, qu’il a porté, s’est imposé comme un repère pour la transmission culturelle et citoyenne. Son travail a laissé des outils concrets à la disposition des acteurs associatifs, des enseignants et des habitants curieux d’histoire locale.
- Un lieu patrimonial sauvegardé : l’ancienne synagogue, réhabilitée et réinvestie.
- Une gouvernance communautaire stable, assurée pendant de longues années.
- Un pont durable entre mémoire, culture et vie civique.
Repères chronologiques
| Année | Événement |
|---|---|
| 1945 | Naissance au Caire (Égypte) |
| 1966 | Arrivée en France, à Paris |
| 2006 | Chevalier de l’ordre national du Mérite |
| 2013 | Ouverture du centre culturel Jules-Isaac à Clermont-Ferrand |
| 2022 | Promotion au grade d’officier de l’ordre national du Mérite |
| 28 juin 2026 | Inhumation au cimetière parisien de Pantin |
Un héritage vivant
La disparition de Sabino Moustacchis résonne au-delà des murs de l’ancienne synagogue. Elle rappelle ce que peut apporter, à l’échelle d’une ville comme Clermont-Ferrand, une énergie patiente au service du collectif : entretenir un patrimoine, proposer des lieux pour se rencontrer, transmettre une histoire. Pour la communauté juive, mais aussi pour les habitants attachés à la diversité des mémoires locales, l’œuvre qu’il a laissée demeure un repère.
À l’heure où chacun mesure l’importance de ces espaces de dialogue, la trajectoire de Sabino Moustacchis apparaît comme un fil conducteur : tenir ensemble l’exigence de la mémoire et la volonté d’ouverture. Son empreinte, discrète et déterminée, continuera de nourrir la vie culturelle et citoyenne clermontoise.