Un bassin éphémère, des champions et une urgence persistante
En pleine canicule, face au Centre aquatique olympique de Saint‑Denis, une petite foule d’enfants a retrouvé l’eau sous l’œil d’Alain Bernard et d’Ugo Didier. L’opération « Savoir nager », soutenue par la Fédération française de natation et EDF, a proposé des sessions d’apprentissage de 45 minutes, avec l’ambition d’apaiser la peur de l’élément et d’enseigner des automatismes de sécurité.
Le geste est symbolique mais insuffisant : à l’issue de la semaine, la FFN et EDF auront permis à 580 enfants de (re)découvrir la natation, une « goutte d’eau » au regard du bilan estival de Santé publique France. Entre le 1er mai et le 15 juillet, 274 personnes sont décédées par noyade en France, dont 37 enfants et adolescents — un chiffre stable par rapport à 2025.
« Le but, c’est de leur montrer que dans l’eau, ils ne sont pas en danger, qu’ils peuvent trouver leur propre équilibre »
Cette phrase d’Alain Bernard résume l’objectif pédagogique, mais elle renvoie aussi à une réalité territoriale plus dure : la Seine‑Saint‑Denis apparaît toujours comme l’un des départements les plus en difficulté sur l’apprentissage de la natation. Selon les données évoquées lors de l’opération, 7 enfants sur 10 ne savent pas nager à leur entrée au collège dans le 9‑3.
- Capacité d’accueil : en 2026, le département dispose de 167 m² de ligne d’eau pour 10 000 habitants.
- Comparaison nationale : la moyenne nationale est de 236 m² pour 10 000 habitants.
- Progrès : gain de 107 m² depuis 2022, liée en partie aux infrastructures liées aux Jeux.
Ces chiffres montrent un bond réel — lié à l’héritage olympique : le Centre aquatique olympique, le bassin transféré à Sevran, et les équipements à Bagnolet et Montreuil multiplient l’offre. Mais ils restent en deçà de la moyenne nationale, signe que l’accès à l’apprentissage aquatique reste inégalitaire.
Sur le terrain, l’enjeu prend des formes concrètes : formation des encadrants, dispositifs dédiés aux publics prioritaires, coordination entre collectivités et fédération. Les actions ponctuelles menées pendant les championnats permettent de médiatiser le sujet et d’attirer des intervenants de renom, mais les acteurs locaux rappellent que la réduction du risque de noyade exige des politiques continues et des moyens pérennes.
Pour les familles du 93, la question est immédiate : où inscrire leurs enfants, comment bénéficier des sessions dédiées et quand ces promesses de l’héritage olympique se traduiront‑elles par un accès généralisé à la natation ? Les chiffres montrent que le chemin reste long entre l’événementiel et la massification des apprentissages.
| Indicateur | Seine‑Saint‑Denis (2026) | Moyenne nationale |
|---|---|---|
| Ligne d’eau (m²/10 000 hab.) | 167 | 236 |
| Gain depuis 2022 (m²/10 000 hab.) | +107 | — |