Une relaxe prononcée à Paris sur fond de tensions autour des mégabassines
Le tribunal judiciaire de Paris a prononcé ce 2 juillet 2026 la relaxe de Julien Le Guet, porte-parole du collectif Bassines Non Merci, dans l’affaire de diffamation engagée par l’ancienne préfète des Deux-Sèvres, Emmanuelle Dubée. L’audience portait sur des propos tenus quelques jours après la manifestation de Sainte-Soline (25 mars 2023), devenue un marqueur du conflit autour des réserves d’eau agricoles.
Selon le collectif, les juges ont estimé que les déclarations poursuivies s’inscrivaient dans le champ de la liberté d’expression. Les mots en cause avaient été prononcés le 30 mars 2023, lors d’une prise de parole publique qui visait l’action des autorités dans la gestion de l’événement.
« Les victoires, même petites, il faut les célébrer »
« un gouvernement abject, un Darmanin assassin et une préfète assassine »
Des poursuites distinctes toujours en cours
Si la décision du jour constitue un signal favorable pour le militant écologiste, elle n’efface pas d’autres procédures le visant. La cour d’appel de Poitiers a, la veille, condamné Julien Le Guet à six mois de prison avec sursis pour son rôle dans l’organisation de la manifestation interdite de Sainte-Soline en mars 2023. À ces peines s’ajoute une détention à domicile sous surveillance électronique, dont l’exécution est annoncée pour l’été.
Le militant parle de « procédures bâillon » visant à exercer une pression sur les activistes. Dans la foulée, le collectif a annoncé la création d’une émission en direct hebdomadaire, programmée chaque lundi lors de son assignation à résidence, afin de maintenir un fil d’information sur les contentieux et les actions à venir.
Sainte-Soline, un point de bascule dans le débat sur l’eau
L’épisode de Sainte-Soline a cristallisé les tensions autour des mégabassines, ces réserves d’eau destinées à l’irrigation et critiquées par une partie des agriculteurs, riverains et associations environnementales. La manifestation du 25 mars 2023 a été marquée par des affrontements violents entre manifestants et forces de l’ordre, relançant un débat national sur l’encadrement des mobilisations et la place des projets hydrauliques dans l’adaptation au changement climatique.
Dans les Deux-Sèvres, ces sujets dépassent la seule opposition entre pros et antis : ils engagent la gestion d’une ressource sous tension et interrogent la capacité des acteurs à bâtir des compromis opérationnels, dans un contexte de canicules et d’aléas climatiques plus fréquents.
Une décision qui s’inscrit dans un contexte judiciaire chargé
La relaxe prononcée à Paris concerne exclusivement la qualification de diffamation. Elle n’influe pas sur les décisions rendues ou à venir relatives à l’organisation et au respect des interdictions de manifester. Les prochains mois diront si ce jugement sur la liberté d’expression aura des effets d’entraînement dans d’autres dossiers, ou s’il restera circonscrit aux propos incriminés du 30 mars 2023.
Dans l’immédiat, la décision clarifie un pan du contentieux public né au lendemain de Sainte-Soline, et rappelle la ligne de crête sur laquelle se tient le débat démocratique dès lors qu’il touche à l’ordre public, au choix des mots et à leur portée.
Repères chronologiques
| Période | Élément |
|---|---|
| 25 mars 2023 | Manifestation à Sainte-Soline, interdite, marquée par de violents heurts |
| 30 mars 2023 | Déclarations publiques de Julien Le Guet, à l’origine de la plainte en diffamation |
| 1er juillet 2026 | Condamnation en appel à 6 mois avec sursis (Poitiers), pour l’organisation de la manifestation |
| 2 juillet 2026 | Relaxe à Paris dans le dossier de diffamation |
| Été 2026 | Exécution annoncée d’une détention à domicile sous surveillance électronique |
Ce qu’il faut retenir localement
- La relaxe pour diffamation ne met pas fin aux poursuites visant le militant dans d’autres affaires liées à Sainte-Soline.
- Le débat sur les mégabassines demeure central dans les Deux-Sèvres, entre impératifs agricoles, sécurité des mobilisations et libertés publiques.
- Le collectif prévoit une émission en direct le lundi pour suivre sa période d’assignation et mobiliser ses soutiens.
Au-delà de la procédure pénale, l’enjeu local reste celui d’une gouvernance de l’eau acceptable par tous. La séquence judiciaire, très suivie dans le département, illustre un durcissement des positions mais aussi la nécessité d’un dialogue mieux encadré entre institutions, collectifs et monde agricole.