Un dialogue inattendu entre pierre médiévale et mobilier réinventé
La tour de la Chaîne, qui surplombe le vieux port de La Rochelle, accueille cet été une exposition qui bouscule les habitudes. Le Centre des monuments nationaux a installé douze pièces de la collection « Les Aliénés » du Mobilier national au cœur de la fortification médiévale. Résultat : des intérieurs imaginés pour des capitaines du XIIe au XVe siècle reprennent souffle grâce à des créations contemporaines.
Ces tours, classées monuments historiques depuis 1879, ont plusieurs vies. Défensives à l’origine, elles servaient à protéger l’entrée du port. La tour de la Lanterne, elle, fut phare puis prison et conserve plus de six cents graffitis gravés par des détenus sur trois siècles. La Chaîne, aujourd’hui ouverte au public, se prête au jeu du contrepoint entre l’ancien et le nouveau.
« Les Aliénés »
Sept créateurs ou duos ont été invités à réécrire des meubles anciens. Le procédé n’est pas une simple mise en scène : il reformule la fonction, la matière et la couleur. Certaines pièces surprennent par leur audace, d’autres par leur humour. Le visiteur circule d’un espace de pierre froide à des objets qui revendiquent une autre époque, une autre sensibilité.
- Douze pièces présentées dans la tour de la Chaîne
- Collection issue du programme expérimental « Les Aliénés » (Mobilier national)
- Sept créateurs et duos invités
Parmi les interventions à découvrir figurent des réinterprétations signées Maurizio Galante et Tal Lancman, Anne-Cécile Lopez, Céline Bachelot, Anne Freisz & Laurent Poumarat, ainsi que d'autres artistes participant au projet. L’installation mêle commode transformée, tapis renommé et luminaires repensés, chacun apportant une nouvelle lecture de l’histoire domestique des lieux.
| Créateur·rice(s) | Type d'intervention (exemple) |
|---|---|
| Maurizio Galante & Tal Lancman | Luminaire / mise en scène |
| Anne-Cécile Lopez | Réécriture mobilier |
| Céline Bachelot | Tapis / mise en titre |
| Anne Freisz & Laurent Poumarat | Assemblage / objets |
| Sara Favriau | Intervention sculpturale |
| Aline Putot-Toupry | Commode en noyer relookée |
| Céline Camilleri | Renaissance d’un tapis d’Orient |
Le parti pris du CMN est clair : faire dialoguer les époques plutôt que les opposer. Dans le contexte rochelais, où le patrimoine maritime et militaire est une part vivante de l’identité urbaine, cette exposition invite à repenser l'usage de lieux historiques. Les visiteurs repartent avec une image neuve de la tour : pas seulement muraille et canonnière, mais espace vécu, transformable et propice à la surprise.
Pour les habitués du port et les touristes, la visite offre deux promesses : la découverte d’œuvres contemporaines et la redécouverte d’un monument souvent vu de l’extérieur. Le mélange fonctionne comme une mise en abîme : les meubles racontent des histoires domestiques, la tour raconte l’histoire collective de La Rochelle.