Un film, un quartier, une disparition
En 2010, le réalisateur finlandais Aki Kaurismäki a posé sa caméra au Havre pour tourner le film éponyme qui mêle drame social et poésie minimaliste. Le tournage, qui s'est déroulé du 23 mars au 10 mai 2010, a investi plusieurs lieux de la cité portuaire, mais c'est le petit quartier de pêcheurs Saint-François qui est resté dans la mémoire collective : la maison du personnage principal y a été trouvée, et l'ambiance d'un quartier figé dans le temps y a été restituée à l'écran.
« Un lieu où le temps semble s’être arrêté. »
Cette phrase, utilisée pour décrire Saint-François, prend une résonance particulière : à peine les prises de vue achevées, les « petites maisons » filmées ont été démolies dans le cadre d'une opération de requalification urbaine. Le cinéma a ainsi conservé l'image d'un paysage urbain qui allait disparaître dans la réalité.
Patrimoine reconstruit et regard étranger
Le choix du Havre par Kaurismäki s'appuie aussi sur le visage architectural singulier de la ville, reconstruite après 1945 par Auguste Perret. Le centre-ville, classé, a fasciné le cinéaste qui y voit des correspondances avec sa Finlande natale. Pour les Havrais, le film a offert une lecture extérieure de lieux familiers et a mis en lumière des figures locales — du commissaire Monet, clin d'œil au peintre Claude Monet, au rocker Little Bob, qui apparaît sous son vrai nom, Roberto Piazza.
Entre décor naturel et décors créés
Pour donner corps à son univers, l'équipe a mêlé lieux réels et décors construits : la boulangerie, l'épicerie et le café La Moderne ont été recréés spécialement pour le tournage. Ces interventions montrent comment le cinéma transforme temporairement la ville, puis la laisse reprendre son cours, parfois au prix de disparitions irréversibles.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Tournage | 23 mars – 10 mai 2010 |
| Quartier mis en scène | Saint-François (maisons de pêcheurs) |
| Suite immédiate | Démolition des petites maisons pour requalification |
- Le film conserve l'image d'un coin du Havre aujourd'hui disparu.
- Le tournage mêle lieux authentiques et décors construits pour l'intrigue.
- La démarche souligne les tensions entre mémoire locale et projets urbains.
Au-delà de l'anecdote cinématographique, ce cas illustre une question plus large pour la ville : comment conserver et transmettre la mémoire de quartiers populaires face aux opérations de requalification ? Le film reste une trace visuelle et culturelle de ce que fut Saint-François, offrant aux Havrais un miroir particulier sur les transformations urbaines de leur cité.