Un accord préfectoral qui cristallise les tensions autour du lac de Vassivière
Le préfet de la Creuse a donné, lundi 6 juillet, son autorisation à la création d'une porcherie industrielle à Royère-de-Vassivière. Le projet, porté par une exploitation agricole en lien avec la coopérative Cyrhio et soutenu par les syndicats majoritaires et la Chambre d'agriculture, suscite une vive opposition d'élus et d'habitants des communes riveraines du lac de Vassivière.
Réunis sur l'île de Vassivière à Beaumont-du-Lac, une dizaine d'élus départementaux et communaux ont dénoncé ce qu'ils qualifient d'« projet démesuré ». Ils font valoir que le dossier comporte des risques environnementaux et sanitaires, et pourrait mettre en péril l'attractivité touristique d'un territoire qui tire une part importante de son économie des activités autour du lac.
« Nous avons des arguments, nous les avons dits, redits, démontrés, mais pour le préfet ils ne comptent pas. [...] Cela soulève une question de démocratie locale. »
Parmi les opposants, les maires locaux ont rappelé des craintes précises : pollution des eaux, atteinte à la baignade et à la pêche, et menaces sur les emplois liés au tourisme. Le maire de Royère-de-Vassivière, Anthony Buys, a souligné que près de 1 000 avis négatifs avaient été déposés lors de l'enquête publique, représentant 95 % des contributions des habitants, sans que ces retours ne fassent pencher la décision préfectorale.
Conditions ajoutées mais insatisfaisantes pour les opposants
Le préfet a néanmoins assorti son accord de nouvelles conditions, parmi lesquelles une modification du stockage du lisier et un réexamen des calendriers d'épandage. Pour nombre d'élus présents, ces ajustements restent insuffisants.
| Mesure imposée | Objet |
|---|---|
| Volume de stockage | Augmentation du volume prévu pour contenir les effluents |
| Délais d'épandage | Élargissement des périodes sans épandage |
Les élus comme Benjamin Simons (maire de Gentioux-Pigerolles) et Marie‑France Mazaud‑Wittmann (maire de Peyrat‑le‑Château) estiment que ces garanties techniques ne répondent pas aux enjeux de long terme : « projet industriel inadapté », risques « inévitables » de pollution, et conséquences durables sur la qualité de l'eau potable pour les communes en aval, pointe notamment Alain Darbon, maire de Saint‑Léonard‑de‑Noblat.
- Enjeu environnemental : risque de pollution des nappes et cours d'eau alimentant le bassin de Vassivière.
- Enjeu économique : menace sur la pêche, la baignade et les emplois saisonniers liés au tourisme.
- Enjeu démocratique : forte incompréhension locale face au décalage entre l'avis majoritaire des habitants et la décision de l'État.
Sur le terrain, les prochaines étapes seront techniques (mise en œuvre des prescriptions préfectorales, contrôles) mais aussi politiques et juridiques : les opposants pourront s'organiser pour contester la décision ou demander des garanties supplémentaires. En attendant, la tension demeure forte dans un territoire où la question de l'équilibre entre agriculture et préservation des ressources naturelles est particulièrement sensible.
Cette affaire illustre, à l'échelle du plateau de Millevaches et du lac de Vassivière, la difficulté à concilier projets agricoles d'envergure et attentes des populations locales attachées à la qualité de leur cadre de vie et à l'économie touristique du secteur.
Informations pratiques : les communes concernées et les services de l'État devraient prochainement communiquer sur les prescriptions imposées et les modalités de suivi environnemental. Les habitants peuvent se rapprocher des mairies concernées pour connaître les actions de recours envisagées.