Une campagne hâtive et des bilans en demi-teinte
La moisson 2026 en Haute-Marne restera dans les mémoires par sa précocité et ses variations de rendement. Les premières bennes sont arrivées dès le 17 juin et, dans nombre de secteurs, les travaux étaient achevés autour du 14 juillet. Cette rapidité a masqué des performances globalement inférieures aux moyennes récentes.
Rencontré dans les locaux de Bologne, Jean‑François Ferrand, responsable de la collecte à Sepac Compagri, dresse un tableau contrasté : des cultures ayant résisté mieux que prévu, d'autres marquées par des aléas climatiques successifs.
«Le plus fort impact négatif a été le froid cumulé à la sécheresse d’avril»,
explique le technicien, qui pointe une succession d’événements défavorables : un hiver très humide, un redémarrage végétatif précoce, puis un coup de froid tardif jusqu’à fin avril perturbant méioses et floraisons, enfin deux épisodes de fortes chaleurs diminuant le poids des grains.
Variations par culture
Les différences entre espèces sont nettes, tant en rendement qu’en qualité :
- Orges d’hiver : les plus résistantes, avec des rendements situés entre 40 q/ha et 70 q/ha. Le calibrage est cependant moins satisfaisant que l’an passé et le taux de protéines très variable (de 10 % à 13,5 %).
- Colza : globalement une bonne surprise. Malgré une pression importante d’altises et un froid à la floraison, les rendements oscillent entre 22 q/ha et 40 q/ha, ce qui laisse la culture rentable compte tenu des prix.
- Blé : la situation se complique. Les rendements vont de 35 q/ha à 75 q/ha, avec une moyenne estimée autour de 53 q/ha, soit un manque d’environ 10 à 15 q/ha par rapport à la moyenne quinquennale.
- Orges de printemps : la grande déception de la saison, avec des résultats faibles (autour de 40 q/ha) et des qualités hétérogènes, dont des taux de protéines élevés (de 10,5 % à 14,5 %).
| Culture | Rendements observés | Taux de protéines (si précisé) |
|---|---|---|
| Orges d'hiver | 40 - 70 q/ha | 10 - 13,5 % |
| Colza | 22 - 40 q/ha | — |
| Blé | 35 - 75 q/ha (moy. ~53 q/ha) | — |
| Orges de printemps | ~40 q/ha | 10,5 - 14,5 % |
Conséquences pour les agriculteurs et perspectives
La combinaison d’un printemps perturbé et de deux épisodes de canicule a principalement entamé le poids de mille grains et, par conséquent, les rendements. Pour certains exploitants, la baisse de production se traduira par un manque à gagner sensible, malgré la tenue relative des prix pour certaines cultures comme le colza.
Sur le plan variétal, Sepac Compagri place des espoirs dans la nouvelle variété Larochel pour améliorer la résistance des parcelles et les performances futures ; la variété Faro s’est, elle, bien comportée sur certains secteurs, tandis que d’autres, notamment le Barrois froid, ont été plus touchés.
Le bilan 2026 pose toutefois question pour la gestion des aléas climatiques à venir : la succession d’événements (hiver humide, gel tardif, sécheresse localisée et canicules) montre la fragilité des cultures dans un contexte climatique instable. Les exploitations et les collecteurs suivront de près l’évolution des marchés et des aides pour amortir l’impact économique de cette campagne.
La moisson 2026 laisse donc un goût mitigé : des résultats honorables pour certaines cultures, mais une perte nette de rendement pour d’autres, qui pèsera sur le chiffre d’affaires des exploitations et sur l’approvisionnement local.