Une audience attendue au tribunal de Montauban
Près de deux ans après le drame qui a endeuillé Moissac, le tribunal judiciaire de Montauban a rendu, le 30 juin 2026, un jugement très suivi. Un routier de 67 ans, originaire du territoire, et son employeur, la société Mourgues Fruits, étaient poursuivis après la mort de Jeannine Rozwalka, 76 ans, renversée à un carrefour de la cité uvale le 13 septembre 2024.
Ce jour-là, la passante, appuyée sur ses béquilles, traversait à faible allure le boulevard Alsace-Lorraine. Un poids lourd de 19 tonnes, à l’arrêt au feu rouge, s’est remis en mouvement au passage au vert. La piétonne n’a pas été vue par le conducteur. Malgré les cris des témoins et les appels de phares, le choc est survenu. La victime est décédée quelques heures plus tard, avant son transfert vers Toulouse-Purpan.
Un axe interdit aux poids lourds depuis 2008 et un équipement manquant
L’instruction a mis en évidence deux éléments déterminants. D’abord, la présence du camion sur un axe interdit à la circulation des poids lourds depuis 2008, en vertu d’un arrêté municipal. Ensuite, l’absence d’un antéviseur, cet équipement obligatoire destiné à améliorer la vision vers l’avant immédiat du véhicule et à limiter les angles morts. Selon le dossier, ce dispositif aurait permis au chauffeur d’apercevoir la piétonne engagée devant la cabine.
Au-delà de la chaîne des responsabilités, ces manquements interrogent sur le respect des itinéraires autorisés en cœur de ville et sur l’état de conformité des véhicules desservant les entreprises locales. À Moissac, où l’activité agroalimentaire structure une large part de la logistique, l’équilibre entre flux de marchandises et sécurité des piétons reste un sujet sensible, notamment sur les entrées d’agglomération.
Peines prononcées : prison avec sursis et forte amende
À l’issue des débats, le tribunal a condamné le conducteur à dix mois de prison avec sursis probatoire, assortis d’un retrait du permis de conduire. L’employeur, la société Mourgues Fruits, a été condamné à une amende de 40 000 euros. Ces décisions entendent rappeler l’obligation de vigilance au volant comme la responsabilité des entreprises quant à la conformité de leur flotte et aux itinéraires empruntés.
| Prévenu | Infraction(s) retenue(s) | Peine |
|---|---|---|
| Chauffeur (67 ans) | Atteinte involontaire à la vie; manquement à la vigilance | 10 mois de sursis probatoire; retrait du permis |
| Société Mourgues Fruits | Responsabilité de l’employeur; véhicule non équipé | 40 000 € d’amende |
Une ville marquée par un drame en plein centre
L’accident s’est produit à proximité de commerces, face à la boulangerie Mecöen, sur un secteur très fréquenté par les seniors et les familles. Plusieurs témoins ont tenté d’alerter le conducteur avant l’impact. L’émotion suscitée à Moissac reste vive. Pour les proches de la victime – six parties civiles ont assisté à l’audience – ce jugement apporte des réponses attendues et acte des manquements identifiés par la justice.
Le rappel de l’interdiction des camions sur certains axes urbains prend une résonance particulière dans une commune où les flux saisonniers liés aux fruits et légumes créent des pics de circulation. Les élus municipaux et les services techniques sont régulièrement confrontés à la question de la signalisation, des contrôles et des déviations applicables aux convois de livraison.
Quelles leçons locales pour la sécurité routière ?
Sans préjuger d’éventuelles suites procédurales, ce jugement met en lumière des leviers immédiats : vérification systématique des équipements de visibilité sur les poids lourds, respect strict des itinéraires autorisés en centre-bourg, et pédagogie auprès des transporteurs desservant les entreprises agroalimentaires. Le monde rural et périurbain, très dépendant du transport routier, doit composer avec des rues anciennes et parfois étroites, où chaque manquement peut avoir des conséquences irréparables.
- Rappel des arrêtés municipaux interdisant certains axes aux camions depuis 2008.
- Contrôle de la présence d’un antéviseur sur les véhicules concernés.
- Coordination renforcée entre entreprises de logistique, chauffeurs et services municipaux pour planifier des itinéraires adaptés.
À Moissac, la mémoire de ce 13 septembre 2024 demeure un repère douloureux. Le jugement du 30 juin 2026 fixe des responsabilités et rappelle des règles simples : voir, anticiper et respecter les limites imposées à la circulation des poids lourds en ville. Autant d’exigences qui ne relèvent pas de la seule technique, mais d’une attention partagée à la sécurité de tous.