Un bronze disparu refait surface
Rare, attendu, presque inespéré. Un nouvel exemplaire de L’Âge mûr de Camille Claudel réapparaît. Sa trace s’était perdue depuis le début du XXe siècle. Il sera proposé aux enchères à Paris le 20 septembre, a annoncé le cabinet d’expertise Lacroix-Jeannest. L’œuvre n’était pas cachée dans un coffre. Elle dormait en région parisienne, transmise par succession, chez une famille qui ignorait tout de sa valeur et de son histoire.
La redécouverte n’est pas un hasard total. Elle survient un an et demi après une autre vente très commentée : le 16 février 2025, un premier exemplaire, retrouvé par chance à l’automne 2024 dans un appartement parisien inoccupé, avait affolé les regards et les enchérisseurs. Huit jours après ce coup d’éclat, la famille détentrice du bronze désormais identifié a pris contact avec le commissaire-priseur Matthieu Semont. L’image vue à la télévision a servi d’étincelle.
« C’est en voyant les images du bronze numéro 1 qu’ils ont fait le rapprochement avec celui qu’ils possédaient »
a expliqué l’expert Alexandre Lacroix lors d’une présentation à la presse. Pour les spécialistes, il s’agit de l’exemplaire n°5, dont la piste s’était évanouie depuis les présentations à la galerie d’Eugène Blot en 1907 et 1908.
Un symbole de vie, d’amour et de rupture
Ce bronze compte parmi les pièces phares du corpus Claudel. Trois figures y composent un récit : un homme mûr emporté, une jeune femme qui supplie, une autre agenouillée, image d’une passion qui lacère. Les historiens y lisent aussi la cassure intime entre Claudel et Auguste Rodin, sa chute après la séparation. La pièce concentre biographie et modernité, tension des corps et violence des destins. Elle parle encore, plus d’un siècle plus tard.
Un retour à Paris, scène des grandes redécouvertes
Paris referme la boucle. La capitale a vu resurgir en septembre 2024 un premier tirage, sorti d’un appartement laissé vide. Elle accueillera à nouveau les enchères pour ce n°5. Les experts soulignent le caractère peu commun de la séquence : deux tirages d’une même œuvre majeure, identifiés à quelques mois d’écart, dans le même bassin géographique. Une conjonction qui dit beaucoup de la circulation des œuvres, des successions qui s’ouvrent, des regards qui s’affûtent à la faveur de la médiatisation.
« Déjà une œuvre comme ça c’est juste extraordinaire dans nos métiers, mais deux c’est incroyable »
a résumé l’experte Élodie Jeannest. Avant la vente, l’enjeu se déplace vers l’authentification, l’historique des fontes, la comparaison des patines, l’étude des marques de fonderie — autant d’éléments qui composent la carte d’identité d’un bronze.
Repères chronologiques
| Période | Événement |
|---|---|
| 1907–1908 | Présentations à la galerie d’Eugène Blot ; la trace de l’exemplaire n°5 se perd ensuite |
| Septembre 2024 | Découverte fortuite d’un premier exemplaire dans un appartement parisien inhabité |
| 16 février 2025 | Vente très médiatisée du premier exemplaire |
| Huit jours plus tard | Contact de la famille détentrice du second bronze avec le commissaire-priseur Matthieu Semont |
| 20 septembre (à venir) | Mise aux enchères du bronze retrouvé, à Paris |
Ce que cela change pour les amateurs parisiens
Pour le public, cette mise à l’encan est une fenêtre rare. Voir de près une œuvre que l’on croyait perdue. Mesurer le geste de Claudel, éprouver la composition. Paris offre cela, à portée de métro. Le marché, lui, surveille la séquence. Deux réapparitions rapprochées invitent à reconsidérer la cartographie des tirages connus et des provenances familiales en Île-de-France. Les maisons de ventes et les experts restent sur le qui-vive, tant la médiatisation peut déclencher d’autres révélations.
- Où : enchères prévues à Paris
- Quand : 20 septembre
- Œuvre : L’Âge mûr, bronze, exemplaire n°5
Le reste appartient au marteau du commissaire-priseur et au regard des collectionneurs. Une chose est sûre : Paris sera, une fois encore, le théâtre d’un retour qui compte pour l’histoire de l’art comme pour la mémoire de Camille Claudel.