Fin de dispositif et inquiétudes à la résidence Zénitude
À Roissy-en-France, dans le Val-d’Oise, la vie de 49 personnes, soit 22 familles originaires d’Ukraine, a basculé le 30 juin. Leur hébergement, assuré depuis près de quatre ans par Groupe SOS Solidarités dans la résidence hôtelière Zénitude, a pris fin. Dans les couloirs, l’ambiance a viré à l’attente fébrile : appels passés en urgence, traductions improvisées, regards tournés vers des portes soudain inaccessibles.
Le lieu, qui avait accueilli au plus fort du dispositif près de 400 personnes fuyant la guerre, n’abrite plus aujourd’hui qu’une poignée de familles encore sans solution jugée viable. Si la préfecture assure travailler à des relogements, plusieurs résidents craignent des propositions trop lointaines, ou trop précaires, au regard de la vie reconstruite ici depuis le début du conflit.
Des portes qui se ferment, des parcours scolaires en suspens
Le matin du 30 juin, des cartes d’accès se mettent à clignoter rouge. Une adolescente, Anna, revient d’une épreuve du brevet et découvre que sa chambre est devenue hors d’atteinte. Dans les étages, l’information circule par bribes, souvent traduite par un voisin. La scène, sobre, met en lumière une bascule administrative qui s’impose soudain aux trajectoires familiales.
« La porte est bloquée. Impossible d’entrer dans la chambre »
« J’étais déjà stressée par l’examen. Là, c’est encore pire. »
Ces mots, dits dans un français hésitant, disent l’essentiel : la fin d’un hébergement, ce sont aussi des cahiers égarés, des rendez-vous reportés, des repères brouillés. Des enfants scolarisés à proximité, des emplois précaires, des suivis médicaux locaux, tout un ancrage patient se trouve menacé par un éloignement possible.
Des garanties institutionnelles et des craintes sur le terrain
La préfecture évoque des solutions en cours, mais la perspective d’un transfert vers des structures temporaires ou éloignées, même à court terme, inquiète. Les familles attachées à Roissy-en-France font valoir le temps passé à stabiliser leur quotidien. Dans la résidence, le ras-le-bol pointe aussi chez ceux qui se sentent pris dans des calendriers difficiles à anticiper.
L’opérateur, Groupe SOS Solidarités, met un terme à la prise en charge au sein de Zénitude. Ce mouvement s’inscrit dans une réorganisation progressive des hébergements ouverts depuis le début de la guerre en Ukraine. Pour les personnes encore présentes, l’enjeu est désormais d’identifier des relais capables d’offrir un toit et une continuité dans les parcours engagés depuis des années.
Quatre ans d’accueil, un cap sensible à franchir
La résidence Zénitude a été un point d’appui pour des centaines de réfugiés. Le site, pensé pour de courts séjours hôteliers, a vu s’installer des existences entières : cours de langue, rendez-vous administratifs, entraide entre familles. Ce qui a été mis en place par l’urgence humanitaire doit aujourd’hui trouver une suite plus stable.
Dans ce contexte, la crainte la plus souvent exprimée concerne la distance potentielle des relogements. Déménager loin, c’est parfois renoncer à un employeur connu, à un médecin, à une école, aux liens de proximité tissés avec des habitants du quartier. Autant d’éléments qui, cumulés, fragilisent la reprise.
Des chiffres qui résument une trajectoire
| Indicateur | Résidence Zénitude |
|---|---|
| Personnes hébergées au pic | ~400 |
| Personnes concernées par la fin de prise en charge | 49 |
| Nombre de familles | 22 |
| Fin de la prise en charge | 30 juin |
Sur place, une attente organisée
Dans les allées, les échanges s’organisent : messages envoyés à des associations, coups de fil à des proches, passage d’informations de porte en porte. Les médiations linguistiques de fortune permettent de garder un fil, d’expliquer aux enfants, de coordonner l’essentiel. À l’échelle de la commune, l’épisode rappelle combien la question de l’hébergement, quand elle rencontre la durée, appelle des réponses claires et adaptées.
- Continuité de parcours : préserver scolarité, emploi et santé des personnes déplacées.
- Proximité : éviter des solutions trop éloignées des ancrages constitués.
- Lisibilité : informer en amont pour réduire les ruptures brutales.
Au-delà de Zénitude, c’est un moment charnière pour ces familles qui, discrètement, avaient retrouvé des habitudes et des repères. La suite dépendra de la capacité des dispositifs à concilier gestion des places et respect des parcours. À Roissy-en-France, l’urgence n’empêche pas la méthode : il faudra du temps, des relais et des solutions tenables pour que la parenthèse de l’hôtel ne se transforme pas en impasse.